Personne ne gagne

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Personne ne gagne
de Jack Black
Editions Monsieur Toussaint Louverture
Traduit de l’anglais par Jeanne Toulouse

 

A propos
De San Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un voleur: parfois derrière les barreaux, toujours en cavale. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du vingtième siècle.
Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des conventions. Qu’il soit hors-la-loi, opiomane ou source d’inspiration pour Kerouac et Burroughs, qu’importe, qu’il vole au devant de la déchéance ou qu’il flambe comme un roi, qu’importe, Jack Black n’est guidé que par son amour de la liberté. C’est dur, c’est brut, c’est profondément américain. Black est peut-être un vaurien, il est surtout un conteur qui, sans jugement, joue avec son passé afin de nous remuer et de nous re­mettre sur le droit chemin.

 

Mon avis
Quel roman, les amis ! Quel hymne à la liberté !
Une liberté crue, malmenée, chevauchée, affranchie.
On saute dans les trains comme on sauterait sur les épaules de ce grand bandit. Avec passion et même, peut-être, une pointe d’envie.
Nous sommes ici loin de l’autobiographie classique. Il y a un je-ne-sais-quoi d’énergie grisante et de vérité absolue.
Sans doute Jack Balck ignorait-il l’incroyable auteur qu’il était.
Peut-être même, l’homme de bien qu’il incarnait.
On frissonne avec lui, on picole avec lui, on braque avec lui, on s’insurge avec lui.
Passer à côté de ce livre culte serait une erreur et l’ouvrir c’est ne plus pouvoir le lâcher.
Une mention spéciale à l’éditeur pour la couverture, si soignée !
Et la préface de William S. Burrough… une pépite !
S’il est encore nécessaire, en quatre mots : un chef d’oeuvre !

 

Le tout petit extrait :
« J’étais un membre respecté de la confrérie des yeggs. Ce voleur dont on ne sait rien. Silencieux, méfiant, dis­simulé ; un voyageur sans attache, un « travailleur » de la nuit qui fuit la lumière, s’éloigne rarement des siens et reste sous la surface. Sillonnant les espaces, un automatique chargé à portée de main, le yegg règne sur un autre monde, un monde souterrain, le monde des criminels. »

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Maestro

Maestro

A propos
C’est tant de joie, ces trois premiers accords qui font résonner toute ma chambre, les phrasés qui s’envolent, les triolets qui glissent et qui m’emportent au-delà du jardin, la partition bordée d’un liseré vert, baroque. Dessus, on lit le nom de Wolfgang Amadeus Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu’un seul et très long mot, dur à dire, pareil qu’Azay-le-Rideau. Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare. A neuf ans, Cécile découvre la musique de Mozart, et c’est une révélation. Certains enfants s’inventent des amis imaginaires, d’autres vouent un culte à des personnages de fiction. Pour la petite Cécile, le plus grand des héros s’appelle Mozart ! Elle l’aime sans partage et comme un dieu. Devenue journaliste, la passion de Cécile demeure intacte. Elle a désormais une connaissance intime de l’oeuvre de Mozart. Le jour où elle doit interviewer un chef d’orchestre de renom, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Au bout du fil, la voix du maestro la trouble comme l’avait troublée et envoûtée la musique de Mozart des années auparavant… Mais tombe-t-on amoureuse d’une voix, fût-elle celle d’un grand maestro ?

 

Mon avis
De prime abord, le résumé du roman n’est pas celui qui m’a le plus alléché cette année.
Je me suis quand même lancée dans la lecture et celle-ci fut des plus plaisantes.
Il y a dans ces mots, dans la plume de l’auteure, quelque chose de pur, de cristallin.
Quelque chose qui touche presque au mystique, tout en restant les pieds ancrés dans le quotidien.
Passé – Présent.
Enfance – âge adulte.
Amour – Amour.
L’amour de la musique. De l’autre.
L’amour de Mozart qui l’habite, la subjugue, la hante.
Et celui d’un homme qui surgit, derrière un écran d’ordinateur.
Un très beau roman, subtil et sensible, qui se déroule dans une sorte de sensualité.
Délicat, tout simplement.

 

Le tout petit extrait
« Un jour, alors que je suis seule à la maison, peut-être qu’ils sont sortis tous les trois pour une promenade, je fouille dans la bibliothèque, je trouve une biographie de Mozart. Personne ne l’a jamais ouverte. Les pages sont encore propres, elles sentent le papier neuf. Peut-être qu’on l’a achetée pour moi. C’est une édition rouge, en cuir. L’auteur s’appelle Marcel Brion de l’Académie française. J’ai honte en lisant la préface où il raconte qu’il a bien hésité avant d’écrire son livre parce qu’On ne touche pas à Mozart. Parce que Mozart, c’est sacré. »

Gentilles filles, braves garçons

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Gentilles filles, braves garçons
de Roopa Farooki
Traduit de l’anglais par Jérémy Oriol

 

A propos
Dans le Pendjab des années 1940, quatre frères et sœurs, soumis à une mère manipulatrice qui voulait juste faire d’eux « de gentilles filles et de braves garçons ». Si les frères pourront fuir pour faire des études de médecine à l’étranger, qu’en sera-t-il des sœurs, soumises à la perspective d’un mariage forcé ? À l’heure où l’on enterre ses morts, tous quatre retournent au pays et reviennent sur ce que furent leurs choix. Multiculturalisme, fratrie soudée et secrets de famille, un hommage aux immigrants d’Asie du Sud.

 

Mon avis
C’est le sixième roman de l’auteure mais le premier que je lis.
Elle nous dépeint ici une saga familiale articulée autour de 4 frères et soeurs : Sully, Jackie, Mae et Lana, et ce sur plusieurs décennies.
S’il y a bien une chose qui les relie tous les uns aux autres, c’est le poids destructeur que leur mère a exercé sur eux, durant leur jeunesse. Une mère despotique qui ne vit que pour tous les faire entrer dans les cases qu’elle leur a attribuées et dont l’Inde a encore aujourd’hui du mal à se séparer.
Pour les garçons : devenir des hommes incarnant la réussite et la force.
Pour les filles : devenir de sages et soumises épouses et mères.
Chacun à sa manière va peu à peu se libérer, se trouver véritablement et briser les chaînes d’une prison familiale et ancestrale.
Si les allers et retours dans l’espace et le temps peuvent en décontenancer certains, ce roman est une belle réussite !

 

Le tout petit extrait :
« Mon frère et moi sommes aujourd’hui à des milliers de kilomètres et je me demande parfois s’il n’en a pas toujours été ainsi. Ma moitié fraternelle. Nous avons tous les deux fait ce qu’on nous a dit. Mais personne ne m’a jamais dit de ne pas tomber amoureux de garçons »

La vie volée de Martin Sourire

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La vie volée de Martin Sourire
de Christian Chavassieux
Phébus

 

A propos
La reine Marie-Antoinette a longtemps désespéré d’être grosse. Pour combler son manque d’enfants, elle adopte des orphelins. Comme ce garçon recueilli au bord d’une route qu’elle prénomme Martin. Mutique et solitaire, il gagne très vite une réputation de sauvage. C’est au hameau, près du Petit Trianon, qu’il grandit, vacher d’une ferme modèle où la reine se rêve bergère. Mais est-ce vraiment la place de Martin ?

Du château de Versailles à la grouillante rue parisienne, des cuisines d’un restaurant de luxe aux massacres en Vendée, Christian Chavassieux nous guide dans la tourmente révolutionnaire. D’une langue lyrique, forte en émotions et en sortilèges, il ressuscite des années décisives où l’espoir se mêle aux trahisons.

 

Mon avis
Martin sourit.
Martin ne se sépare jamais de son sourire.
Il grandit à Versailles, au milieu des caprices d’une reine en mal d’enfant et qui, finalement, donne la vie.
Martin perd la place qui était la sienne mais sourit.
A l’aube de la Révolution, Martin se cherche, enfin prêt à mener en parallèle sa propre révolution, intime.
Il passe de Versailles à un Paris posé sur un feu qui couve.
Martin évolue, apprend, se bat.
La violence devient crue, les massacres lèvent le voile sur un pan d’histoire méconnu et dérangeant.
Moi qui ne suis pas une grande adepte des romans dits historiques, je dois dire que celui-ci m’a particulièrement « parlé », servi par une écriture singulière, puissante et épique.
Et porté par un auteur qui mérite d’être plus connu !

 

Le tout petit extrait :
« Aux beaux jours, le hameau à présent terminé est plus que jamais le refuge de la reine. De mauvaises langues disent qu’elle y joue à la petite bergère. En vérité, elle prend simplement plaisir à s’y promener, goûtant la magie ineffable d’évoluer dans un tableau vivant. »

La huitième vie

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La huitième vie (pour Brilka)
de Nino Haratischwili
Editions Piranha

 

A propos
Géorgie, 1917. Stasia, la fille d’un chocolatier de génie, rêve d’une carrière de danseuse étoile à Paris lorsque, à tout juste dix-sept ans, elle s’éprend de Simon Iachi, premier-lieutenant de la Garde blanche. La révolution qui éclate en octobre contraint les deux amoureux à précipiter leur mariage.

Allemagne, 2006. Niza, l’arrière-petite fille de Stasia, s’est installée à Berlin depuis plusieurs années pour fuir le poids d’un passé familial trop douloureux. Quand Brilka, sa nièce de douze ans, profite d’un voyage à l’Ouest pour fuguer, c’est à elle de la retrouver pour la ramener au pays. À la recherche de son identité, elle entreprend d’écrire, pour elle et pour sa nièce, l’histoire de la famille Iachi sur six générations.

 

Mon avis
Ce roman fait son poids.
Eh oui, plus de 900 pages quand même !
Cela pourrait en effrayer plus d’un mais il suffit de trouver le bon moment pour l’entamer et entrer dans cette grande saga familiale.
Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une fresque addictive et solidement construite.
Nous suivons huit vies, huit femmes, huit âmes à travers tout le XXème siècle, au départ de la Georgie (pays d’origine de l’auteure).
Et l’histoire se mêle à l’Histoire, celle des heures sombres.
Drames, passions, violences parsèment les huit vies que l’auteure nous raconte avec talent, dans un livre à la fois documenté et profondément humain.
Alors malgré ces 900 et quelques pages, peu de risque que vous vous ennuyiez à sa lecture !

 

Le tout petit extrait :
« Je dois ces lignes à une infinité de larmes versées, je me dois ces lignes à moi, qui ai quitté le pays natal pour me trouver et finalement me perdre encore plus ; mais surtout, c’est à toi, Brilka, que je dois ces lignes.Je te les dois parce que tu mérites la huitième vie. Parce qu’on dit que le chiffre huit est égal à l’infini , au fleuve de l’éternel retour. Je t’offre mon huit.Nous sommes liées par un siècle. Un siècle rouge. A tout jamais, plus huit. »

La fille du fossoyeur

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La fille du fossoyeur
de Joyce Carol Oates
Claude Seban (Traducteur)
PHILIPPE REY

 

A propos :
En 1936, les Schwart, une famille d’émigrants fuyant désespérément l’Allemagne nazie, échouent dans une petite ville du nord de l’État de New York où le père, Jacob, un ancien professeur de lycée, ne se voit offrir qu’un travail de fossoyeur-gardien de cimetière. Un quotidien fait d’humiliations, de pauvreté et de frustrations va les pousser à une épouvantable tragédie dont Rebecca, la benjamine des trois enfants, sera le témoin.

Ainsi débute l’étonnante vie à multiples rebonds de Rebecca Schwart : après avoir épousé Niles Tignor, un homme abusif et dangereux, elle doit fuir pour protéger son petit garçon, et tenter de se reconstruire. Les villes, les métiers, les hommes défilent, jusqu’à sa rencontre avec Chet Gallagher, promesse d’un bonheur enfin possible. Mais surgit alors le désir profond, d’abord inconscient, de retrouver son passé cruel de « fille du fossoyeur », de se rattacher en fin de compte à sa véritable identité. Le destin ne le lui permettra qu’au terme d’une existence d’intranquillité, dans les dernières pages bouleversantes de ce roman.

 

Mon avis
La prolixe auteure américaine signe ici, selon moi, l’un de ses romans les plus forts.
Dés les premières pages du livre, nous sommes dans l’ambiance.
Une ambiance pesante, morbide, qui ne cesse de s’obscurcir, tel un ciel se chargeant de nuages noirs et menaçants.
Tout au long, les thèmes de l’identité familiale et de la résilience habitent et sont l’essence même du roman. Et de la vie de Rebecca.
Et au delà, celui de la réconciliation. Car nulle paix ne peut être trouver sans cela. Hazel/Rebecca devra donc renouer et se réconcilier avec elle même.
Elle devra affronter le lourd passé qu’elle a tenté de laisser derrière elle, passé portant le masque cruel et haï du père, notamment.
Joyce Carol Oates décortique les âmes, déroule les psychologies, les oppositions.
Et nous offre ici avec force le combat d’une femme forte et abimée, inspiré par l’histoire de sa propre grand-mère.

 

Le tout petit extrait :

« Tignor était une grosse lune cabossée dans le ciel nocturne : on n’en voyait que la partie éclairée, brillante comme une pièce de monnaie, mais on savait qu’il y en avait une autre, sombre et secrète. Les deux faces grêlées de la lune étaient là en même temps, mais on souhaitait penser, comme un enfant, qu’il n’y avait que la lumière. »

Hortense et Queenie

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Hortense et Queenie
d’Andrea Levy
Traduction de l’anglais : Frédéric Faure
La table Ronde / Quai Voltaire

 
A propos
L’Afrique n’a pas de secrets pour Queenie. Enfant, élevée à la dure dans les Midlands, elle a vu un Noir à l’exposition de l’Empire britannique, et lui a même serré la main. Maintenant adulte, son mari n’étant pas rentré des Indes où il servait dans la Royal Air Force,
elle accueille deux locataires venus de Jamaïque : Gilbert, qui a lui aussi porté l’uniforme bleu de la RAF, et sa femme Hortense. Le couple subit, bon gré mal gré, le racisme ordinaire : dans l’Angleterre de l’immédiat après-guerre, ces ressortissants de la couronne britannique ne passent pas inaperçus. Gilbert surmonte les humiliations grâce à son esprit gouailleur. Hortense, quant à elle, toujours soucieuse de son élégance, est choquée par la misère ambiante, loin de ce qu’elle avait imaginé à l’ombre des manguiers.

 

Mon avis
Ce roman nous dévoile quatre personnages, quatre destins que la vie n’aurait sans doute jamais fait se croiser si la Seconde Guerre Mondiale n’était pas passée par là.
Gilbert et Hortense ont rêvé, ont fantasmé leur vie en Angleterre, bien loin de leur Jamaïque.
La réalité a davantage des allures d’enfer terrestre, en cette période d’après-Guerre.
Queenie, elle, a choisi d’épouser Bernard pour essayer de gravir les échelons de la petite bourgeoisie londonienne.
Ce dernier disparaît à la fin de la guerre, et pour survivre, elle est contrainte d’ouvrir sa (trop) grande maison et accueille le jeune couple.
Peu à peu, les personnages se construisent et se déconstruisent, nous prouvant encore une fois que l’Humain n’a de cesse d’évoluer et de nous dévoiler ses multiples facettes.
Que les failles sont parfois terriblement bien cachées.
Que les nuances s’insinuent toujours entre le tout noir et tout blanc.
Le racisme ordinaire frappe de plein fouet, imbibant une Angleterre encore meurtrie.
Les certitudes tremblent, les déceptions s’accumulent, l’arrogance en prend pour son grade.
De nombreux va-et-vients dans le temps nous plongent au coeur de la guerre ou nous conduisent sur la terre jamaïcaine.
Un joli roman porté par l’histoire et les destins.

 

Le tout petit extrait :
« C’est comme ça que les Anglais vivent ? » Combien de fois elle m’a posé cette question ? J’ai vite arrêté de compter.
« Ils vivent comme ça ? ». Cette question est devenue une triste lamentation qu’elle porte sur chacune des choses qu’elle voit.
« C’est comme ça que les Anglais vivent ? »