Les fruits encore verts

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de Wioletta Greg
Editions Intervalles

 

A propos
Situé dans le village imaginaire de Hektary, Les Fruits encore verts est un portrait riche, subtil et texturé de la vie rurale dans la Pologne communiste des années 1970 et 1980. Par le regard d’une enfant au seuil de l’adolescence, on pénètre un monde où les superstitions n’ont pas disparu des sovkhozes et où la religion, voire certains rites païens, coexistent avec les directives du parti.
Dans cet univers où les hommes et les femmes semblent mener des vies parallèles, la solidarité des femmes entre elles s’exerce autour de traditions parfois folkloriques dont Wioletta Greg, tout en nuances et en clair-obscur, peint avec subtilité l’humanité. Malgré ses apparences de bourgade assoupie, Hektary abrite tout un monde qui cache bien des secrets, même les personnages auxquels on donnerait le bon Dieu – ou la médaille de Lénine – sans confession. Discrètement, les ombres allemande et soviétique planent derrière toute l’histoire du village et de la famille de la narratrice. Car les personnages, même les plus secondaires, sont à la fois archétypaux et enracinés dans un moment particulier de l’histoire polonaise récente.

 
Mon avis
Un joli condensé de tranches de vie.
Wioletta grandit, s’extirpe doucettement de l’enfance, évolue dans ce petit village isolé.
La vie y est sobre, aussi sobre que l’écriture de l’autrice.
Mais ne vous y fiez pas, cette sobriété n’empêche pas l’émotion de filtrer entre les lignes.
Pudiquement, les vies se dévoilent, tantôt avec humour, tantôt avec tristesse.
Qui mieux qu’une toute jeune femme pour poser un regard sur la Pologne de ces temps-là, coincée entre communisme et religion ?
Entre insouciance et réalité, entre naïveté et tradition, une héroïne et un roman pleins de charme.

Les cigognes sont immortelles

130451_couverture_Hres_0De Alain Mabanckou
Seuil

 

A propos
À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

 

Mon avis
Un certain mois de mars 1977, le destin de la République du Congo bascule, avec l’assassinat de son président.
Le naïf et touchant Michel, alors adolescent, pose son regard sur ce pays bousculé.
Vie familiale et vie politique se rencontrent sans jamais totalement se rencontrer. Parce que le tremblement de terre se fait ressentir sous chaque pied, jusque chaque maison de planches et de tôles.
Michel est un rêveur mais plus le temps de rêver. La violence éclate, trop longtemps couvée.
Alain Mabanckou nous dépeint l’Afrique, son Afrique.
Un Congo fraîchement libéré du colonialisme et pris au piège par les guerres ethniques.
A travers celui de Michel, c’est un regard à la fois tendre et franc qu’il pose sur l’histoire.
Un roman voué à être, tel les cigognes, immortel.
Et à voyager de main en main, de pays en pays.

Nos souvenirs sont des fragments de rêves

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de Kjell Westö
Traduit par Jean- Baptiste Coursaud
Editions Autrement

 
A propos
« La première fois où j’ai fait l’amour avec Stella, j’ai su que je ne pourrai jamais plus vivre sans : elle passera toujours avant les convenances, la carrière, avant même la morale. » Helsinki, années 1970. Stella, Alex et leurs amis sont remplis d’ambitions et de hautes espérances. Dans la fougue de l’adolescence, ils font les quatre cent coups. Mais une passion dévorante vient troubler leur insouciance, et arrive le temps de l’âge adulte et des compromis. Mais oublie-t-on jamais son amour de jeunesse ? Porté sur cinquante ans par un souffle irrésistible, ce roman est le portrait sensible d’un amour destructeur et de l’éveil au monde de toute une génération. Au sommet de son écriture, Kjell Westö tire avec brio les fils du destin et nous offre l’égal scandinave de Bienvenue au club de Jonathan Coe et des Intéressants de Meg Wolitzer.

 

Mon avis
L’amour, ce thème récurrent, cette source d’inspiration foisonnante…
L’auteur (que je lis pour la première fois) a su en capter l’essence et les ambiguités pour nous livrer un roman fleuve aussi touchant que passionnant.
Un roman qui nous harponne avec vigueur dès ses prémices et nous fait voyager au coeur de la Finlande, au coeur des coeurs.
Et loin de se cantonner à cette épopée romanesque, Kjell Westö la confronte aux événements de l’Histoire sur un demi-siècle. Et au temps qui passe, qui file.
Une écriture délicate pleinement au service de ses personnages et de ce roman qui restera un beau souvenir de lecture et qu’on laisse à regret.

My absolute darling

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de Gabriel Tallent
Traduit par Laura Derajinski
Gallmeister

 

A propos
À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

 
Mon avis
Quel roman !
Quelle claque ! De celles qu’on aime se prendre en ouvrant un livre ! Des seules qui devraient exister !
Dès les premières pages, on sent son estomac se nouer. Et il se noue, de plus en plus fort, de plus en plus douloureusement…
Julia n’a que 14 ans mais elle est si forte.
Julia vit l’insupportable au quotidien, vit AVEC l’insupportable, l’immonde.
Julia est aussi une guerrière.
Dans ce huit-clos éreintant, on se demande où est l’issue, la porte de secours.
Et on sait que la conquête de sa liberté sera rude et éprouvante.
M. Tallent (qui porte si bien son nom !) use d’une plume superbe et ne craint pas de nous infliger l’insoutenable.
Une pépite, une « absolute » pépite !

Les enfants du fleuve

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de Lisa Wingate
Traduit par Aude Carlier
Les Escales

 

A propos
Memphis, 1939. Par une nuit pluvieuse, Rill Foss, douze ans, et ses quatre frère et sœurs sont enlevés par des inconnus. Emmenés loin de la péniche familiale et des bords du Mississippi, jetés dans un orphelinat, les enfants réalisent bien vite qu’ils ne reverront plus leurs parents. La mystérieuse Société des foyers d’accueil du Tennessee vient de sceller leur sort à tout jamais.

Caroline du Sud, de nos jours. Avery Stafford, jeune avocate épanouie à qui tout semble sourire, est de retour dans la ville de son enfance. Lors d’une visite à sa grand-mère, cette dernière tient un discours étrange qui remet en cause toutes ses certitudes : quelle est vraiment l’histoire de sa famille ? D’où vient-elle ? Troublée, Avery commence à enquêter…

 
Mon avis
Il était difficile de passer à côté de ce roman et c’est tant mieux !
Georgia Tann a volé et vendu des milliers d’enfants aux Etats-Unis du milieu des années 20 à 1950.
Le livre retrace le parcours d’une famille et d’une fratrie séparées, déchirées.
Le parcours d’enfants traités comme de la marchandise pour le bonheur des plus riches.
Des enfants volés à leurs parents parce que nés dans la mauvaise classe sociale.
Des enfants battus, abusés, affamés…
L’histoire alterne avec celle d’Avery, de nos jours, qui décide de mener l’enquête lorsque sa route croise celle d’une étrange vieille femme placée en maison de retraite.
Un roman poignant, captivant et très bien documenté.
Il est certain que son autrice a eu à coeur de parler de l’un des plus gros trafics d’enfants jamais connu aux USA et d’en parler avec justesse.
Un livre à lire et à partager autour de soi…

La transition

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La Transition
de Luke KENNARD
Anne Carrière Editions

 
A propos
« La Transition n’est pas une punition, c’est une opportunité. » Voilà ce qu’on explique à Karl au tribunal, alors qu’il doit partir quelques mois en prison pour fraude aux cartes à la consommation.

En Angleterre, Karl et sa femme Geneviève sont des trentenaires bobos qui ont grandi avec l’idée qu’ils avaient le droit de manger bio, de boire des cafés à la composition compliquée et d’habiter un minuscule appartement en ville décoré avec goût. La vérité, c’est qu’ils n’en ont pas les moyens, qu’ils font partie des perdants et qu’est venu le moment de payer… ou d’accepter d’être réformés.

Ils acceptent donc, presque reconnaissants, ce programme de six mois où ils devront vivre chez un couple de mentors, plus accomplis, plus sages, ayant la mission de leur mettre un peu de plomb dans la tête, de leur apprendre à gérer un budget et à se fixer des objectifs pour redevenir des membres productifs de leur classe sociale. Mais, dès que le programme débute, Karl est envahi d’un doute. Les mentors sont sympathiques, l’appartement est magnifique, l’ambiance chaleureuse, le programme peu contraignant. Pourquoi, alors, est-il persuadé que la Transition cache de plus sombres desseins ? Pourquoi pressent-il qu’on s’efforce de le séparer de Geneviève ? Est-il en train de devenir paranoïaque ? C’est alors que les premiers messages anonymes lui parviennent : « Fuyez, La Transition n’est pas ce que vous croyez. »

 
Mon avis
On entre doucement dans ce roman, presque avec précaution, comme Karl entre dans La Transition.
Et de sa plume acerbe, le romancier jusque là poète insinue les doutes, les soupçons. Il laisse de ci de là de troublants indices.
Tout est trop lisse, trop beau et de là naissent l’inquiétude et de multiples questions.
Le couple semble pris dans un tourbillon dont ils ignorent les finalités.
Mais Karl n’est pas prêt à se laisser bâillonner aussi facilement et le suspense monte encore d’un cran, sans jamais se dépourvoir d’une certaine ironie.
Une bonne lecture !

La horde

La horde

La horde
de Sibylle Grimbert
ANNE CARRIÈRE

 

A propos
Ganaël rêvait depuis des siècles de posséder un être humain quand il a rencontré Laure, 10 ans, une petite fille vive, drôle, si douce. Maintenant il est en elle, et il raconte son irrésistible prise de pouvoir sur Laure. Bientôt, il pourra lui apprendre la cruauté, la voracité, l’absence totale de pitié qu’il est venu répandre dans le monde. Mais les humains sont un peuple étonnant : rien ne se passera comme prévu – ce sera pire.

 

Mon avis
Voilà un roman qui m’attirait, j’avais envie de changer un peu de mes lectures récentes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçue !
Une gentille petite fille, un peu comme toutes les petites filles… et Ganaël, un peu comme tous les démons, ou presque… Lui, ce qu’il veut, c’est prendre possession de cet être tout frais.
Il nous parle, nous raconte, nous interpelle presque. Et nous, on suit son plan diabolique.
Et la gentille petite fille du début change, évolue, découvre et se découvre.
Nous, on est peut-être un peu possédés aussi, au final.
Et quand l’élève dépasse le maître alors là…
Qui a dit que les enfants étaient innocents déjà ?!

 

Le tout petit extrait :
« Nous serions ainsi, Laure et moi, les prisonniers et les geôliers l’un de l’autre dans une existence sans air, sans solution. Toute possession est un échec, c’est ça la vérité, toute possession est un gâchis, et chaque pas vous enfonce un peu plus dans la monotonie. »