La horde

La horde

La horde
de Sibylle Grimbert
ANNE CARRIÈRE

 

A propos
Ganaël rêvait depuis des siècles de posséder un être humain quand il a rencontré Laure, 10 ans, une petite fille vive, drôle, si douce. Maintenant il est en elle, et il raconte son irrésistible prise de pouvoir sur Laure. Bientôt, il pourra lui apprendre la cruauté, la voracité, l’absence totale de pitié qu’il est venu répandre dans le monde. Mais les humains sont un peuple étonnant : rien ne se passera comme prévu – ce sera pire.

 

Mon avis
Voilà un roman qui m’attirait, j’avais envie de changer un peu de mes lectures récentes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçue !
Une gentille petite fille, un peu comme toutes les petites filles… et Ganaël, un peu comme tous les démons, ou presque… Lui, ce qu’il veut, c’est prendre possession de cet être tout frais.
Il nous parle, nous raconte, nous interpelle presque. Et nous, on suit son plan diabolique.
Et la gentille petite fille du début change, évolue, découvre et se découvre.
Nous, on est peut-être un peu possédés aussi, au final.
Et quand l’élève dépasse le maître alors là…
Qui a dit que les enfants étaient innocents déjà ?!

 

Le tout petit extrait :
« Nous serions ainsi, Laure et moi, les prisonniers et les geôliers l’un de l’autre dans une existence sans air, sans solution. Toute possession est un échec, c’est ça la vérité, toute possession est un gâchis, et chaque pas vous enfonce un peu plus dans la monotonie. »

N’oublie rien en chemin

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N’oublie rien en chemin
D’Anne-Sophie Moszkovicz
Les escales

 

A propos
À la mort de sa grand-mère qu’elle adorait, Sandra, quarante ans, se voit remettre des lettres et des carnets de son aïeule. Rivka y livre un témoignage poignant sur sa jeunesse dans le Paris de l’Occupation, les rafles, la terreur, le chaos. Mais il y a plus. Par-delà la mort, la vieille femme demande à sa petite-fille d’accomplir une mission. Une mission qui obligera Sandra à retourner à Paris, ville maudite, sur les traces de son amour de jeunesse, Alexandre. Un homme étrange, hypnotique et manipulateur dont Sandra ne pensait plus jamais croiser la route… Pour elle, l’heure est venue d’affronter ses démons.

 

Mon avis
Ce roman, à l’écriture élégante et maîtrisée, fait la part belle au devoir de mémoire.
Ce devoir-là n’est jamais une mince affaire car se heurter à l’histoire de ses ancêtres, c’est finalement aussi se heurter un peu à soi. Et à l’histoire commune tissée par toute une famille.
L’émotion est au rendez-vous et se répand avec pudeur au fil des pages.
Passé et présent se rejoignent, se mêlent.
J’aurais sans doute aimé lire encore quelques pages de ce roman un peu court mais je chipote 🙂
Dans un tout autre genre, ce roman m’a fait penser à une de mes anciennes lectures « Aïe, mes aïeux ! », un livre passionnant sur la psychogénéalogie et sur le fait que les traumatismes vécus par nos aïeux continuent à nous habiter et se transmettent.
Mais pour en revenir à « N’oublie rien en chemin », un joli premier roman signé de cette jeune autrice.

La passeuse

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La passeuse
de MichaEl Prazan
Grasset

 

A propos
1942, quai de la gare des Aubrais : Bernard Prazan, 7 ans, serre fort la main de Thérèse Léopold qu’il doit appeler Tata mais qu’il connaît à peine. Quelques heures plus tôt, sa véritable tante les a confiés, lui et sa sœur, à cette inconnue pour qu’elle les fasse passer en zone libre. Mais au moment de quitter la gare, l’enfant comprend au regard de la passeuse qu’elle va les livrer aux Allemands. Pourtant, elle se ravise et les sauve. Dénoncée à son tour pour ce geste héroïque, elle sera déportée à Auschwitz-Birkenau, Mauthausen puis Ravensbrück. Elle en reviendra. De son vivant, Bernard a toujours affirmé à ses enfants qu’elle travaillait pour la Gestapo. Qui était-elle vraiment ? Une collabo repentie ou une Juste ignorée ?
Pour connaître la vérité, Michaël Prazan s’est lancé dans la grande enquête de sa vie : celle de ses origines. Mêlant l’histoire de son père, enfant caché et homme taiseux, et celle de la passeuse qu’il a retrouvée et interrogée, il livre le récit bouleversant d’une famille persécutée et d’un sauvetage énigmatique.

 

Mon avis
L’Histoire n’est jamais simple. Il y a les parts d’ombre, les énigmes. Ce que l’on sait, ce que l’on croit savoir… et le reste.
L’écrivain journaliste Michaël Prazan a décidé de chercher la vérité. Celle sur ce moment capital où son père était encore un enfant, un enfant juif sauvé pendant la guerre.
Il doit sa vie à une passeuse. Une jeune femme dont il est persuadé avoir lu dans son regard toute l’hésitation qui semblait la torturer. Poursuivre ou livrer les enfants.
Qu’est ce qui l’a faite basculer ? Et a-t-elle vraiment hésité ou n’est-ce là qu’une déformation d’un souvenir lointain et complexe ?
L’écrivain devient enquêteur, enquêteur de sa propre histoire familiale.
Un magnifique ouvrage, aussi bouleversant que minutieux.
Un ouvrage où l’auteur fouille, avance coûte que coûte, interroge et s’interroge tout à la fois.

 

Le tout petit extrait :
« Quoi qu’il en soit, le souvenir de ces jeunes résistants a hanté mon père toute sa vie. L’un d’eux tout particulièrement. Jusqu’à l’entretien, bien qu’il nous ait plusieurs raconté l’histoire – aussi loin que me portent mes souvenirs, je l’ai toujours sue ; il la déroulait à l’envi comme une fable dont la morale lui semblait essentielle pour faire de ses fils des hommes dignes-, je n’avais pas compris à quel point elle était importante. »

Déchirer les ombres

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D’Erik L’Homme
Editions Calmann-Levy

 

A propos
Officier français de retour d’Afghanistan, grande gueule désespérée par ce qu’est devenue la France, personnage hors norme, Lucius Scrofa surgit avec sa Harley Davidson chez son ancien lieutenant. Anastasie, la nièce de ce dernier, est là, jeune, lumineuse. Elle est fascinée par cette force de la nature qu’est Scrofa, il est séduit par sa fraîcheur. Après une nuit d’amour, ils partent tous les deux en Harley pour ce qu’Anastasie découvrira être la dernière virée de Scrofa, une cavale furieuse et mystique à travers le pays, une course vers l’ultime sacrifice.

 

Mon avis
Un roman qui se lit d’une traite et que l’on a ensuite envie de réciter à voix haute, forte, pour couvrir le vent qui fouette encore nos oreilles.
Tout en dialogues, il enchaîne les phrases sèches, âpres, savoureuses.
Les personnages grondent, s’aiment, roulent, psalmodient, philosophent.
Ils nous laissent une toute petite place sur leur Harley qui fend les jours et les nuits. Qui fend la vie.
La vengance laisse derrière elle ce sentiment que tout finira mal et qu’il devait en être ainsi.
Merci M. Lhomme pour cette lecture aussi captivante que décapante ! Une réussite en tous points ! On en redemande 🙂

 

Le tout petit extrait :
« – Je crois que je suis en train de vivre les moments les plus fous de ma vie… Et je ne suis même pas en colère.
– Plus fort ! J’entends rien !
– C’est pas grave. Roule, vieux biker obsédé… Ça me dérange pas que tu sois aussi barge, tant que tu me remplis d’étoile… »

Il n’en revint que trois

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de Gudbergur Bergsson
Editions Métailié

 

A propos
Une ferme perdue en Islande, à des kilomètres du premier village, entre un champ de lave, des montagnes et des rivages désolés. Le ciel est vide et les visiteurs sont rares.
Mais l’écho de la Deuxième Guerre mondiale ne va pas tarder à atteindre ses habitants. Soudain soldats, déserteurs, espions débarquent, mais aussi radio, route, bordels et dollars. Puis viendront les touristes. L’ordre ancien vacille et ne se relèvera jamais.
Les personnages de Bergsson sont tout d’une pièce, rugueux et âpres comme la terre qui les a vus naître. Il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent. Faut-il s’arracher à ce morceau de terre où rien ne pousse ? Ou guetter le renard en ignorant les secousses de l’histoire ?

 

Mon avis
De prime abord, la lecture de ce roman peut sembler aussi rugueuse que le paysage islandais restreint dans lequel l’auteur nous fait naviguer.
C’est à l’état brut, c’est sauvage et épuré.
Les mots aussi.
Pourtant, point d’ennui là-dedans.
Plus un calme profond, une lenteur assumée qui prennent corps et vie.
Le tout est de l’accepter. Se l’approprier. Ne pas être pressé.
Et, peut-être aussi, ne pas rechercher trop de proximité avec les personnages.
Là aussi, il y a cette distance froide que l’auteur revendique.
Et au milieu, cette ferme. Perdue dans le temps et le monde.

 

Le tout petit extrait :
« Elles ouvrirent les portes et les fenêtres pour laisser les dernières brises tièdes de l’été balayer les sols et débarrasser les lieux de leur humidité. Le beau temps ne durait toutefois jamais assez longtemps pour qu’elles puissent mener à bien leur projet de laisser les murs, les sols et le plafond se gorger de chaleur avant l’arrivée de l’hiver. Quoi qu’elles fassent, on sentait toujours dans la maison une odeur d’humidité même s’il faisait chaud à l’extérieur, au pied du mur où les chiens se couchaient les pattes en rond, impatients qu’arrive un visiteur ou que se produise un événement inattendu. »

Je voulais leur dire mon amour

1

de Jean-Noël Pancrazi
Gallimard

 

A propos
«Cela faisait plus de cinquante ans que je n’étais pas revenu en Algérie où j’étais né, d’où nous étions partis sans rien. J’avais si souvent répété que je n’y retournerais jamais. Et puis une occasion s’est présentée : un festival de cinéma méditerranéen auquel j’étais invité comme juré à Annaba, une ville de l’Est algérien, ma région d’origine. J’ai pris en décembre l’avion pour Annaba, j’ai participé au festival, je m’y suis senti bien, j’ai eu l’impression d’une fraternité nouvelle avec eux tous. Mais au moment où, le festival fini, je m’apprêtais à prendre comme convenu la route des Aurès pour revoir la ville et la maison de mon enfance, un événement est survenu, qui a tout arrêté, tout bouleversé. C’est le récit de ce retour cassé que je fais ici.»

 

Mon avis
Je suis entrée à pas feutrés dans ce récit.
Comme pour ne surtout pas déranger l’auteur, devenu voyageur.
Pour un voyage sur des terres anciennes, sur l’enfance arrachée, vers des portes qu’il croyait verrouillées.
On sait tous combien l’Algérie habite l’écrivain. Il y a toujours un peu d’elle en lui. Et sans doute un peu de lui en elle.
C’est un festival de cinéma qui le reconduira de l’autre côté.
Là, les bruits, les parfums, les voix, les souvenirs s’invitent entre les pages.
Désarçonnement, tâtonnement, mélancolie… on avance avec lui, on recule aussi parfois.
Ce retour n’est-il pas comme un retour à soi. Une réappropriation de sa vie ?
Et la turbulence des émotions nous entraînent jusqu’à un final bouleversant.
Un beau moment de lecture…

 

Le tout petit extrait :
« Cela faisait plus de cinquante ans que je n’étais pas revenu en Algérie où j’étais né, d’où nous étions partis sans rien. J’avais laissé régulièrement passer les occasions d’y retourner ; ce n’était jamais le bon moment, la bonne manière, la bonne saison. Je ne voulais pas des voyages en forme de pélerinage, des comités de souvenirs pour revisiter et pleurer ensemble sur les endroits du passé… »

Ne dis rien à papa

9782714476234ORI

de François-Xavier Dillard
Belfond

 

A propos

Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visons imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante.
Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l’un, une propension à la mélancolie et, chez l’autre un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu’elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au coeur d’images qu’elle voudrait tant oublier… À n’importe quel prix…
Et lorsqu’un nouveau voisin s’installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d’une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister.

 

Mon avis
Voici une plongée sans bouteille d’oxygène dans ce qu’il y a de plus sordide et violent au sein des familles qu’on aimerait ne jamais connaître.
Derrière la façade bien lisse, derrière les sourires et les coiffures impeccables, se cachent les fissures. Et pas des moindres !
Se cachent aussi les plus sordides des secrets, ceux qui, en éclatant, peuvent tout balayer, tout détruire.
Le pire peut surgir d’une cellule familiale et l’auteur ne nous épargne rien de la rupture mentale qui l’entraîne.
Ce thriller aux multiples personnages se lit d’une traite, rondement mené.
On peut regretter de trop vite deviner qui est véritablement qui et qui a fait quoi, ce qui rend la fin, bien qu’efficace, moins surprenante.
Tout cela n’entâche pas la lecture de ce roman pour les friands de thrillers psychologiques.

 

Le tout petit extrait :

Il y a des douleurs si intenses, des souffrances si terribles que vous donneriez tout pour qu’elles cessent. Même votre vie…