La vie automatique

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La Vie automatique
de Christian Oster
Editions de l’Olivier

 

A propos
Au départ, il y a l’incendie. Jean a oublié d’éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C’est dans cette atmosphère de désenchantement qu’il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s’installer chez elle. Puis son fils, Charles, un homme intrigant qui sort de l’hôpital psychiatrique. Jean s’attache à ses pas, perd sa trace, s’interroge sur son absence, qui le renvoie à celle qu’il éprouve face au monde.

 

Mon avis
Quel étrange roman et quel étrange personnage !
Que feriez-vous, vous, si votre maison se mettait à brûler ?
Pour sûr vous appeleriez les pompiers, non ? Et paniqueriez un peu, sans doute.
Pas Jean. Jean, lui, il se barre.
Il s’en déleste comme d’autres se délestent d’une chemise devenue trop petite.
Au passage, il se déleste aussi de sa vie. De lui.
Jean est désabusé. Il avance sans trop savoir où il va, ni ce qu’il adviendra de lui.
Et en fait, il s’en fiche un peu.
De rencontres déterminantes en situations tragico-loufoques, le romancier nous fait le suivre. On peut se demander si, même lui, sait où il va. Mais oui, il le sait pertinemment.
On le laisse faire, on colle aux basques de Jean, jusqu’au bout.
Et on espère que, peut-être, il transformera ce rien en tout.

Une lecture surprenante et très agréable !

 

Le tout petit extrait :
« Je me suis octroyé une semaine à l’hôtel. Au delà, financièrement, je prenais des risques. Je ne dis pas que je n’aurais pas pu vendre la maison. j’aurais pu. Je ne dis pas que je n’avais pas tout détruit, en me laissant très peu de chances. J’avais tout détruit, en me laissant très peu de chances. Je ne dis pas non plus que je n’avais pas voulu me faire du mal. Et me détruire moi. Mais je m’étais aussi fait beaucoup de bien. »

Aller en paix

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Aller en paix
de Ludovic Robin
Editions du Rouergue

 

A propos
À la fin des années 1980, un jeune couple et leurs deux enfants s’installent dans un hameau isolé des Alpes, les Plastres. Lui travaille comme élagueur, elle, est une jeune femme brillante mais fragile. Il l’aime d’un amour infini, qui ne les protégera de rien.
Vingt ans plus tard, il se souvient de ces deux derniers hivers, lumineux et noirs.

 

Mon avis
Ludovic Robin signe ici son premier roman.
Dés les premières pages, il faut s’accoutumer au rythme volontairement lent, à l’écriture tantôt décousue, tantôt extrèmement précise.
En fait, il faut accepter de se laisser guider par l’auteur.
Accepter, aussi, de pénétrer l’intimité de ce couple.
Niché au coeur de la montagne, de sa rudesse et son isolement, le couple évolue dans une certaine routine.
Les enfants sont là, les rêves un peu plus loin. La dépression ronge Lily.
Peu à peu, on assiste, impuissants, à l’éloignement puis à l’émiettement du couple.
Lily part et, 20 ans après, son ancien mari l’aime toujours autant, de cet amour prévenant qui n’aura pas suffi.
Même si le roman n’est pas dénué de quelques longueurs, on pardonne à l’auteur ces menus défauts, ces quelques imperfections.
Car avec ce premier livre, il nous offre une lecture originale et intéressante.
Je suis impatiente et curieuse de voir ce qu’il nous réserve pour la suite…

 

Le tout petit extrait :
« Le lendemain, elle avait repris de bonne heure la route de Bourg, devenue en si peu de temps la route du travail et rien d’autre, la route de la servitude courageuse malgré l’autre servitude d’une nuit à se tourner et à se retourner dans le lit. »

Celui qui va vers elle ne revient pas

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« Celui qui va vers elle ne revient pas »
de Shulem Deen
Traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre
Editions Globe

 

A propos
Marié dès l’âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques – les satmar, les belz, les loubavitch –, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l’écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s’est mis à douter. Dans ce récit passionnant, il raconte le long et douloureux processus d’émancipation qui a poussé sa communauté ultra-orthodoxe à l’exclure pour hérésie.

 

Mon avis
Voilà une lecture dense qui mérite que l’on prenne le temps de s’y attarder car, au delà d’une analyse des plus fines d’une communauté et de la société, c’est un récit de vie passionnant et émouvant.
Ou comment se poser des questions peut conduire à l’exclusion et, au final, à une liberté tenue à l’écart, jamais effleurée ni goûtée.
Cela ne se fera pas sans remises en question (justement).
Cela ne se fera pas sans douleurs (au pluriel).
L’auteur quitte ce qu’il a toujours connu, vu et subi.
L’auteur n’est plus un des leurs, il est chassé.
Quel homme devenir après cela ?
Comment retrouver les fondations de soi lorsque toutes ses certitudes, jusqu’aux plus fortes et intimes, s’effondrent ?
Comment poursuivre un chemin, quel qu’il soit, privé de ses enfants, et les savoir là-bas ?
Shulem Deen a payé le prix fort de sa liberté et de son courage.
Il en tire un livre sincère qui ne laissera personne indifférent.
Il a d’ailleurs reçu pour cet ouvrage le National Jewish book Award.

 

Le tout petit extrait :
« Je n’étais pas le premier à être banni de notre communauté. Je n’avais pas rencontré mes prédécesseurs, mais j’en avais entendu parler à voix basse, comme on chuchote une rumeur honteuse. Leurs noms et le récit de leurs agissements émaillaient l’histoire de notre village, fondé un demi-siècle plus tôt. »

Croire au merveilleux

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« Croire au merveilleux »
de Christophe Ono-dit-Biot
Gallimard

 

A propos
« Je veux bien avoir été distrait ces temps-ci, mais je sais que si j’avais croisé cette fille-là dans l’ascenseur ou le hall d’entrée, je m’en serais souvenu. Et puisque je me souviens d’elle, c’est que je l’ai vue ailleurs. » César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu’il ne l’a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu’il n’arrivera pas à rendre heureux l’enfant qu’ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d’auteurs antiques ? D’un Paris meurtri aux rivages solaires de l’Italie en passant par quelques îles proches et lointaines, Croire au merveilleux, en dialogue intime avec Plonger, est l’histoire d’un homme sauvé par son enfance et le pouvoir des mythes. Un homme qui va comprendre qu’il est peut-être temps, enfin, de devenir un père. et de transmettre ce qu’il a de plus cher.

 

Mon avis
César est veuf. Père et veuf.
Son quotidien, c’est la douleur. Et ce trou béant, à vif, que sa bien-aimée Paz a laissé dans sa vie.
Cette douleur-là prend toute la place, s’immisce partout.
César se noie et pense à la mort.
Il tente de s’en convaincre, son absence sera mieux pour son fils que cette vie bancale.
Mais une rencontre va bouleverser ses plans. Bouleverser son chagrin.
Et, à notre tour, on se (re)met à croire au merveilleux. Au possible.
César revient à la vie, entre souvenirs, mythologie et pas en avant.
Il retrouve sa place ou s’en créée une nouvelle. Son enfant aussi retrouve la sienne.
Résumer ce roman à une histoire d’amour serait une erreur.
C’est un roman sur le deuil, sur le dépassement de ce que l’on se croit incapable de dépasser. Sur la vie et ses gouffres comme ses célébrations.

La porte du ciel

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LA PORTE DU CIEL
de Dominique FORTIER
Les Escales

 

A propos
Au coeur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées.
Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture.

 

Mon avis
Il y avait là tous les ingrédients pour me séduire. Et de belles promesses.
Malheureusement pour moi, la recette ne m’a pas convaincue.
Le roman est agréable à lire mais ses points faibles ne peuvent être oubliés.
L’autrice passe d’une période à une autre, d’un personnage à un autre, dans une succession de chapitres décousus.
Elle a fini par me perdre, quelque part au milieu du roman.
Ce n’est pourtant pas faute de m’être accrochée !
Peut-être aurait-elle du se concentrer sur un seul pan de l’histoire noir-américaine et creuser l’intrigue ?
On a l’impression qu’elle s’éparpille et ne fait parfois qu’effleurer ce qui aurait mérité bien davantage.
Comme ces femmes tissant les courtepointes, Dominique Fortier a usé de mille fils pour, à l’inverse d’elles, former un tableau alourdi où l’émotion a du mal à s’installer, et ce malgré une jolie plume.

 

Le tout petit extrait :
« Son visage ruisselait de larmes, trempait les joues de l’enfant qui attendait, muet, stoïque. Celui-là avait tôt appris qu’il valait mieux ne rien demander jamais car nul ne pourrait savoir ce que lui vaudrait sa requête : une ration supplémentaire, un poing au ventre ou dix coups de fouet.
June serrait les dents, regardait au loin la ligne ou terre et ciel se rencontraient, s’efforçait de ne penser à rien le temps que ce soit fini. »

Une mère

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Une Mère
D’ALEJANDRO PALOMAS
Traduit par Vanessa CAPIEU

 

A propos

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.
Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?
Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se passera comme prévu.

 
Mon avis

Une lecture « régal » !
On l’ouvre, après s’être attardé sur cette superbe couverture, et on passe une nuit quasi blanche parce qu’impossible de le poser pour éteindre la lumière.
Impossible de délaisser ces personnages.
Et surtout cette mère !
Dés le début, on compatit avec ses trois enfants. Trois adultes qui la supportent et essaient de la canaliser.
Puis, peu à peu, on s’attache à cette mère.
Oui Amalia est loufoque, oui elle peut être insupportable et inconsciente… mais derrière cet aspect-là, il y a une femme qui se réapproprie sa vie, une femme qui aime ses enfants et qui, à sa manière, a toujours été là pour eux.
Parce que chacun a connu un drame. L’une a bien failli ne jamais s’en remettre. Chacun a de lourds bagages à porter et Amalia finit par trouver comment les alléger un peu, comme dans un sursaut. Parfois au moment où on ne s’y attend pas.
Ce dîner de réveillon, d’abord cocasse, laisse peu à peu la place aux confidences. A ce qui n’a jamais pu sortir avant, comme bloqué quelque part au fond de la gorge, au fond du coeur.
Les voix se lèvent, les bouteilles se renversent, les rires ne sonnent pas toujours juste mais l’amour, lui, est bel et bien là, qu’ils le veuillent ou non.
Et nous, on en sort follement émue !
Le seul regret que j’ai, c’est qu’ils ne soient tous que des personnages… Car j’aurais tant aimé passer un petit moment auprès d’eux.

 

Le tout petit extrait :

« Les trois coups annonçant vint-trois heures quarante-cinq sonnent Et Emma rouvre les yeux, détend épaules, rides et tendons. Puis elle prend une lente inspiration et, soulagée, exhale l’air par le nez avant de redevenir cette Emma pleine de fenêtres fermées qui depuis des années recopie inlassablement le prénom d’Olga par dessus celui de Sara pour que sa mémoire ne la trahisse pas. »

Reste le chagrin

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Reste le chagrin
de Catherine GRIVE
JC Lattès

 

A propos
En mai 1930, un paquebot quitte New York avec, à son bord, un groupe de mères et d’épouses qui vont se recueillir pour la première fois sur la tombe de leur fils, de leur mari.
Reste le chagrin est le récit de cette traversée, le premier pèlerinage des Gold Star Mothers. Ces femmes très différentes vont devoir partager leurs souvenirs, mesurer l’impact du temps sur leur douleur. Réfléchir. Quinze ans après, il n’est plus question d’honorer, de célébrer, de déplorer, mais de comprendre.

 

Mon avis
Ce roman, c’est d’abord un sujet fort, un sujet plutôt méconnu mais ô combien lourd de sens et d’émotion : celui des Gold Star Mothers, ces mères et épouses américaines venues en France sur les tombes de leurs enfants et maris, tués pendant la première guerre.
Ce roman, c’est ensuite l’histoire d’une mère.
Catherine Grive aurait pu choisir la facilité et nous dépeindre une femme parfaite, sans accrocs.
Il n’en est rien. Catherine est distante voire hautaine. Catherine a ses parts d’ombre, ses faiblesses, ses extrèmes. Catherine a si follement aimé ce fils qu’elle en a délaissé ses filles et son mari et l’assume sans gêne aucune.
Malgré cela, tout doucement, cette femme touche notre coeur.
Parce que derrière une carapace, il y a tant de larmes contenues, tant de palpitations.
Derrière ces regards qui se détournent ou se haussent, derrière ces silences volontaires, il y a tant de pudeur et de questions en recherche désespérée de réponses.
Toutes ces mères ont beau avoir la même destination, avoir enduré la même perte, elles n’en demeurent pas moins des personnes différentes.
Les dernières pages m’ont émue aux larmes.
Quelques mots où l’on sent combien le personnage de Catherine aimerait renouer, sans trop savoir comment faire, sans trop vouloir s’excuser non plus.
Renouer avec sa famille, c’est aussi quelque part renouer avec cette vie laissée en suspens. C’est sans doute aussi devenir une « autre ».
Ce roman, c’est aussi une auteure qui de sa plume élégante et épurée nous laisse accompagner ces femmes dans le cheminement si intense, si bouleversant qui est le leur. Avec un vrai sens des détails et de la justesse.
Une très belle découverte, un très beau premier roman signé Catherine Grive !

 

Le tout petit extrait :
« Les premiers temps après sa mort, j’avais tenu la pièce fermée à double-tour. Il n’y avait pourtant pas joué longtemps, me répétaient filles et mari, mais c’était ici que je pensais le mieux à lui, qu’il me revenait en couleurs, vivant. Plus vivant qu’au pied des arbres où il construisait des cabanes, qu’au bord de la rivière où il érigeait ses barrages, que dans sa chambre pleine de recueils de poésie.
Plus vivant que le jour où il nous avait annoncé que nous allions devoir rentrer sans lui. »