Ours

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de Philippe Morvan
Calmann-Levy

 
A propos
Désert américain. 1880. Tandis qu’il regarde, impuissant, son dernier compagnon agoniser sous un ciel où tournoient déjà les vautours, Gabriel Morange se souvient. Le chemin a été long depuis son enfance en Auvergne jusqu’à ce défilé où il s’apprête à mourir. Un chemin marqué au fer rouge des violences du siècle.

Bouleversé par la mort de son père et de son frère dans les guerres coloniales, le jeune Gabriel quitte son village pour s’engager à son tour. Mais sa soif de vengeance vacille bientôt devant les combats abjects, les atrocités, les horreurs commises par son propre camp, en Kabylie d’abord, au Vietnam ensuite. Jurant de ne plus jamais prendre les armes, Gabriel part comme missionnaire auprès des Indiens Navajos. Hélas, là-bas aussi les hommes s’entretuent pour dominer les terres et les esprits. Restera-t-il indifférent à la disparition annoncée de ce monde indien où il a enfin sa place ?

 
Mon avis
Voici un roman d’aventure qui va bien au delà du roman d’aventure !
Un roman qui palpite, qui vibre… et nous avec !
Un roman qui nous emmène au coeur même des âmes, où la noirceur côtoie le désespoir.
Où la colère côtoie le tourment.
L’écriture rythmée nous entraîne dans le sillage de Gabriel et de ses fantômes.
Une ode à la liberté et à la lumière qui pointe parfois le bout de son nez par delà les ténèbres.
Une lecture passionnante !

Les billes du Pachinko

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D’Elisa Shua Dusapin
Editions Zoé

 

A propos
Claire va avoir trente ans et passe l’été chez ses grands-parents à Tokyo. Elle veut convaincre son grand-père de quitter le Pachinko qu’il gère pour l’emmener avec sa grand-mère revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s’occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français. Elisa Shua Dusapin propose un roman de filiation, dans lequel elle excelle à décrire l’ambivalence propre aux relations familiales. Elle dépeint l’intériorité de ses personnages grâce une écriture dépouillée et plonge le lecteur dans une atmosphère empreinte d’une violence feutrée où l’Extrême-Orient joue son rôle.

 

Mon avis
Après son sublime et remarqué « Hiver à Sokcho », j’attendais le second roman de l’autrice avec une impatience toute fébrile.
Il faut se rendre à l’évidence, point de déception, ouf ! Mieux encore, « Les billes du Pachinko » nous confirme l’immense talent d’Elisa.
Une écriture si fine, presque silencieuse sans jamais être avare, loin du bruit du pachinko.
Une écriture quasi chirurgicale et brillante qui mêle et démêle culture et passé.
Les silences hantent, les racines se cherchent et les incompréhensions se font abyssales.
Une quête d’identité, une quête des autres magistralement mise en mots par une jeune écrivaine qui n’a pas fini de nous éblouir !

Les fruits encore verts

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de Wioletta Greg
Editions Intervalles

 

A propos
Situé dans le village imaginaire de Hektary, Les Fruits encore verts est un portrait riche, subtil et texturé de la vie rurale dans la Pologne communiste des années 1970 et 1980. Par le regard d’une enfant au seuil de l’adolescence, on pénètre un monde où les superstitions n’ont pas disparu des sovkhozes et où la religion, voire certains rites païens, coexistent avec les directives du parti.
Dans cet univers où les hommes et les femmes semblent mener des vies parallèles, la solidarité des femmes entre elles s’exerce autour de traditions parfois folkloriques dont Wioletta Greg, tout en nuances et en clair-obscur, peint avec subtilité l’humanité. Malgré ses apparences de bourgade assoupie, Hektary abrite tout un monde qui cache bien des secrets, même les personnages auxquels on donnerait le bon Dieu – ou la médaille de Lénine – sans confession. Discrètement, les ombres allemande et soviétique planent derrière toute l’histoire du village et de la famille de la narratrice. Car les personnages, même les plus secondaires, sont à la fois archétypaux et enracinés dans un moment particulier de l’histoire polonaise récente.

 
Mon avis
Un joli condensé de tranches de vie.
Wioletta grandit, s’extirpe doucettement de l’enfance, évolue dans ce petit village isolé.
La vie y est sobre, aussi sobre que l’écriture de l’autrice.
Mais ne vous y fiez pas, cette sobriété n’empêche pas l’émotion de filtrer entre les lignes.
Pudiquement, les vies se dévoilent, tantôt avec humour, tantôt avec tristesse.
Qui mieux qu’une toute jeune femme pour poser un regard sur la Pologne de ces temps-là, coincée entre communisme et religion ?
Entre insouciance et réalité, entre naïveté et tradition, une héroïne et un roman pleins de charme.

Les cigognes sont immortelles

130451_couverture_Hres_0De Alain Mabanckou
Seuil

 

A propos
À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

 

Mon avis
Un certain mois de mars 1977, le destin de la République du Congo bascule, avec l’assassinat de son président.
Le naïf et touchant Michel, alors adolescent, pose son regard sur ce pays bousculé.
Vie familiale et vie politique se rencontrent sans jamais totalement se rencontrer. Parce que le tremblement de terre se fait ressentir sous chaque pied, jusque chaque maison de planches et de tôles.
Michel est un rêveur mais plus le temps de rêver. La violence éclate, trop longtemps couvée.
Alain Mabanckou nous dépeint l’Afrique, son Afrique.
Un Congo fraîchement libéré du colonialisme et pris au piège par les guerres ethniques.
A travers celui de Michel, c’est un regard à la fois tendre et franc qu’il pose sur l’histoire.
Un roman voué à être, tel les cigognes, immortel.
Et à voyager de main en main, de pays en pays.

Nos souvenirs sont des fragments de rêves

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de Kjell Westö
Traduit par Jean- Baptiste Coursaud
Editions Autrement

 
A propos
« La première fois où j’ai fait l’amour avec Stella, j’ai su que je ne pourrai jamais plus vivre sans : elle passera toujours avant les convenances, la carrière, avant même la morale. » Helsinki, années 1970. Stella, Alex et leurs amis sont remplis d’ambitions et de hautes espérances. Dans la fougue de l’adolescence, ils font les quatre cent coups. Mais une passion dévorante vient troubler leur insouciance, et arrive le temps de l’âge adulte et des compromis. Mais oublie-t-on jamais son amour de jeunesse ? Porté sur cinquante ans par un souffle irrésistible, ce roman est le portrait sensible d’un amour destructeur et de l’éveil au monde de toute une génération. Au sommet de son écriture, Kjell Westö tire avec brio les fils du destin et nous offre l’égal scandinave de Bienvenue au club de Jonathan Coe et des Intéressants de Meg Wolitzer.

 

Mon avis
L’amour, ce thème récurrent, cette source d’inspiration foisonnante…
L’auteur (que je lis pour la première fois) a su en capter l’essence et les ambiguités pour nous livrer un roman fleuve aussi touchant que passionnant.
Un roman qui nous harponne avec vigueur dès ses prémices et nous fait voyager au coeur de la Finlande, au coeur des coeurs.
Et loin de se cantonner à cette épopée romanesque, Kjell Westö la confronte aux événements de l’Histoire sur un demi-siècle. Et au temps qui passe, qui file.
Une écriture délicate pleinement au service de ses personnages et de ce roman qui restera un beau souvenir de lecture et qu’on laisse à regret.

My absolute darling

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de Gabriel Tallent
Traduit par Laura Derajinski
Gallmeister

 

A propos
À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

 
Mon avis
Quel roman !
Quelle claque ! De celles qu’on aime se prendre en ouvrant un livre ! Des seules qui devraient exister !
Dès les premières pages, on sent son estomac se nouer. Et il se noue, de plus en plus fort, de plus en plus douloureusement…
Julia n’a que 14 ans mais elle est si forte.
Julia vit l’insupportable au quotidien, vit AVEC l’insupportable, l’immonde.
Julia est aussi une guerrière.
Dans ce huit-clos éreintant, on se demande où est l’issue, la porte de secours.
Et on sait que la conquête de sa liberté sera rude et éprouvante.
M. Tallent (qui porte si bien son nom !) use d’une plume superbe et ne craint pas de nous infliger l’insoutenable.
Une pépite, une « absolute » pépite !

Les enfants du fleuve

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de Lisa Wingate
Traduit par Aude Carlier
Les Escales

 

A propos
Memphis, 1939. Par une nuit pluvieuse, Rill Foss, douze ans, et ses quatre frère et sœurs sont enlevés par des inconnus. Emmenés loin de la péniche familiale et des bords du Mississippi, jetés dans un orphelinat, les enfants réalisent bien vite qu’ils ne reverront plus leurs parents. La mystérieuse Société des foyers d’accueil du Tennessee vient de sceller leur sort à tout jamais.

Caroline du Sud, de nos jours. Avery Stafford, jeune avocate épanouie à qui tout semble sourire, est de retour dans la ville de son enfance. Lors d’une visite à sa grand-mère, cette dernière tient un discours étrange qui remet en cause toutes ses certitudes : quelle est vraiment l’histoire de sa famille ? D’où vient-elle ? Troublée, Avery commence à enquêter…

 
Mon avis
Il était difficile de passer à côté de ce roman et c’est tant mieux !
Georgia Tann a volé et vendu des milliers d’enfants aux Etats-Unis du milieu des années 20 à 1950.
Le livre retrace le parcours d’une famille et d’une fratrie séparées, déchirées.
Le parcours d’enfants traités comme de la marchandise pour le bonheur des plus riches.
Des enfants volés à leurs parents parce que nés dans la mauvaise classe sociale.
Des enfants battus, abusés, affamés…
L’histoire alterne avec celle d’Avery, de nos jours, qui décide de mener l’enquête lorsque sa route croise celle d’une étrange vieille femme placée en maison de retraite.
Un roman poignant, captivant et très bien documenté.
Il est certain que son autrice a eu à coeur de parler de l’un des plus gros trafics d’enfants jamais connu aux USA et d’en parler avec justesse.
Un livre à lire et à partager autour de soi…