Un funambule sur le sable

Funambule sur le sable
De Gilles Marchand
Aux forges de Vulcain

 

A propos
Stradi naît avec un violon dans le crâne. D’abord condamné à rester à la maison, il peut finalement aller à l’école et découvrir que les plus grandes peines de son handicap sont l’effet de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants. Mais, à ces souffrances, il oppose chaque jour son optimisme invincible, hérité de son père inventeur et de sa mère professeur. Et son violon, peu à peu, va se révéler être un atout qui, s’il l’empêche de se concentrer sur ses devoirs, lui permet toutes sortes d’autres choses : rêver, espérer… voire parler aux oiseaux.
Un jour, il rencontre l’amour en Lélie. Ils vont s’aimer, se quitter, se retrouver, et faire couple. Jusqu’au moment où cette fantaisie permanente de Stradi va se heurter aux nécessités de la vie adulte : avoir un travail, se tenir bien en société, fonder une famille. Comment grandir sans se nier ? Comment s’adapter sans renoncer à soi ?

 

Mon avis
Son premier roman « Une bouche sans personne » a été un vrai coup de coeur pour moi. Comme pour beaucoup d’autres d’ailleurs !
Je m’étais dit : Voilà un auteur qui mérite d’être lu et vivement son prochain livre !
Et « Un funambule sur le sable » est arrivé dans ma boîte aux lettres. Quelle excitation !
Dés les premières pages, j’ai su que je tenais entre mes mains un nouveau grand roman de Gilles Marchand. Quel talent !
Il manie l’absurde et la fantaisie comme personne, ni trop ni pas assez.
Comme son extrème sensibilité et une poésie hors norme.
Un petit côté à la Boris Vian… quel digne héritier !
On apprend ici la différence, comme si on la rencontrait pour la première fois. Et l’ode surgit.
Gilles Marchand nous éblouit, nous capte.
En terminant ce roman, j’ai eu comme une furieuse envie de prendre son auteur dans mes bras et de lui dire : Merci ! Merci de nous offrir de si beaux moments de lecture !

 

Le tout petit extrait :
« A vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions. Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. »

Le livre que je ne voulais pas écrire

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Erwan Larher
Quidam Editeur

 

A propos
Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

 

Mon avis
Il aurait pu être le livre que je ne pouvais pas lire.
Et finalement, contrairement à d’autres, j’ai eu envie de sauter le pas avec celui-ci.
J’ai retenu ma respiration et je me suis lancée.
Une lecture en apnée donc pour un livre coup de poing où le romancier a su s’emparer de l’horreur tout en le préservant d’un quelconque sensationnalisme.
Evidemment, on ne sort pas indemne de cette lecture. Parce que cette tragédie a frappé un pays tout entier et s’est incrusté dans la mémoire collective.
Je réalise en alignant ces quelques mots combien il m’est difficile pour moi de parler de cette lecture.
Ce n’est pas par facilité mais bien par conviction et avec émotion que je dirais de ce livre qu’il est bouleversant, intelligent, pudique et terriblement humain.
Et qu’il devrait figurer dans toutes les bibliothèques.
Merci Mr Larher, merci du fond du coeur !

 

Le tout petit extrait :
 » Je n’ai pensé à personne.
Puisé de courage dans aucun amour, aucune amitié. Pas puisé de courage. Pas eu besoin.
Je ne me suis pas dit qu’il fallait que je tienne bon pour telle ou telle raison. Je ne me suis pas dit qu’il fallait que je tienne bon. Ni que je m’en sorte. Je ne me suis pas accroché à la vie.
J’ai subi.
Je n’ai pas prié, je ne me suis pas promis de devenir meilleur si je m’en sortais, je n’ai pas sangloté, je ne me suis pas apitoyé sur mon sort ni lamenté.
J’ai attendu. »

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Tout est brisé

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William Boyle
Traduit par Simon Baril
Gallmeister

 

A propos
Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l’hôpital, elle n’a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu’après un long silence, Jimmy revient à l’improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l’aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l’aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l’alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras…

 

Mon avis
Il n’y a rien de plus touchant et mémorable que l’histoire de gens ordinaires.
William Boyle sait à la perfection nous parler d’eux et nous plonger dans cette ambiance sombre qui colle aux basques.
Parfois, on tatonne, à la recherche de l’interrupteur.
Mais où est la lumière, bordel ?!
Et puis, on s’habitue à l’obscurité, on dérive avec cette famille fracassée par la vie.
N’attendez pas de Bam et et de Boum dans ce roman !
Sauf ceux, peut-être, des coeurs qui s’accrochent.
Et des espoirs de reconstruction.
L’auteur fait montre d’une telle empathie envers ses personnages qu’il la partage, la communique.
On peut dire, tous en choeur : Chapeau Mister Boyle !

 

Le tout petit extrait :
« Elle pensa à la croix autour de son cou. Elle la portait depuis qu’elle avait douze ans. Il s’agissait d’une croix toute fine, en or, suspendue à une chaîne très légère. Elle l’extirpa de sous son chemisier et la contempla en la tenant au creux de sa paume. C’était un cadeau de sa marraine, avec qui elle avait perdu contact, ou qui l’avait complètement oubliée. Elle défit le fermoir et laissa la chaîne glisser dans sa main, la croix atterrissant par-dessus tel un vestige de naufrage. Elle songea à la jeter dans la mer, mais préféra l’enfouir dans la poche de son blouson, au milieu des mouchoirs roulés en boule et des pièces de un cent collantes, avant de retourner attendre son père à l’intérieur. »

Mon gamin

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Pascal Voisine
Calmann-Levy

 

A propos
Cet été 1977, un été de vinyles, de chaleur et de baignades, Thierry a 14 ans et découvre la musique, les premiers émois, les montagnes russes de l’adolescence où tout est à la fois morne et intense.
Il passe ses journées avec son meilleur ami, Francis, un handicapé mental qui vit à l’hôpital psychiatrique voisin depuis toujours. Le gentil Francis adorait la mère de Thierry, et va chaque semaine poser un petit caillou sur sa tombe. Il a vu naître Thierry, qu’il appelle « mon gamin », et lui voue une amitié joyeuse et entière.
Mais le destin s’appuie souvent sur pas grand-chose. Un infirmier tatoué fan d’Elvis, une belle-mère trop jeune et trop jolie, une guitare à deux manches, un chat bien curieux… Et tout bascule.

 

Mon avis
Voici l’un de mes coups de coeur 2017 !
Un premier roman aussi attachant que ses personnages et à l’écriture aussi maîtrisée que libre.
Et sous le drame qui se profile et finit par surgir, brutalement, il y a malgré tout la lumière.
Une amitié presque hors-norme et finalement si normalement belle qui ne peut que nous toucher et nous ébranler.
Et l’histoire, aprés nous avoir embarqués, nous percute de plein fouet.
On passe du rires aux larmes, on se lie à ces destins si plein d’humanité.
Et, au final, on referme ce roman en sachant que l’on n’est pas prêt de l’oublier.
A découvrir d’urgence, vous l’aurez compris, et une plume à suivre !

 

Le tout petit extrait :
« A l’époque, pour lui, son village était une sorte de paradis terrestre au milieu d’un océan de forêts luxuriantes. Là où les non-initiés pointaient du doigt un camp de concentration pour fous, Marc voyait une sorte de principauté où les malades mentaux étaient exonérés d’impôts sur la différence. »

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La Lumière parfaite

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Marcello Fois
Traducteur : Jean-Paul Manganaro
Seuil

 

A propos
Quand les destins de Cristian et de Domenico croisent celui de Maddalena, toutes les certitudes s’évaporent, toutes les valeurs se perdent, pour donner naissance à une passion lourde de non-dits et de jalousie, coups de théâtre, trahisons et réconciliations.
Car Cristian Chironi et Domenico Guiso ont grandi comme deux frères : ils partagent tout, la famille, l’école, le travail. Ce sont les années 80, les années de la modernisation de la Sardaigne, mais aussi du terrorisme, une période de violence politique et de spéculation immobilière, de culte de l’individualisme et du profit roi. La famille Chironi est à l’apogée de son ascension sociale, ce qui n’empêche pas le sort de continuer à s’acharner contre elle.
Si Cristian et Maddalena semblent faits l’un pour l’autre, c’est à Domenico que cette dernière, enceinte, est promise. Cristian a-t-il encore sa place à Nuoro ? Sa compromission dans une sombre histoire de trafic d’armes semble indiquer le contraire. Est-ce un piège tendu par les Guiso, père ou fils, pour des raisons économiques ou par vengeance ? On le croit mort, on le retrouve en Lettonie…Quoi qu’il en soit, le fils de Maddalena semble porter en lui la « génétique sans pareil » des Chironi.

 

Mon avis
Le décor est campé : la Sardaigne. Cela suffit déjà à m’attirer.
Deux familles, deux hommes comme deux frères.
Et une femme, annonciatrice de la grande déchirure.
L’orage n’est jamais loin, en tendant l’oreille, on peut entendre ses grondements.
De ce triangle amoureux, on sent l’influence des tragédies grecques.
D’une plume mélancolique, Fois entremêle amour, vengeance et trahison.
Le tout dans un bain bouillonant de sentiments maudits.
Bien sûr, on peut trouver certains passages un peu convenus ou longs.
Certains trouveront peut-être même l’ensemble un peu classique.
Mais tel une boîte japonaise, ce roman dissémine les révélations, les doubles lectures comme les prémonitions pour qui veut bien les trouver.

 

Le tout petit extrait :
« Maddalena, pour cet enfant, avait demandé un miracle. Elle avait demandé, en particulier, qu’il cesse d’être aussi hostile. Et, même si elle pensait bien connaître l’origine de cette hostilité, elle feignait pourtant de l’attribuer seulement au fait que les parents ne peuvent pas choisir leurs enfants, comme les enfants ne peuvent pas choisir leurs parents. »

Les vies de papier

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de Rabih ALAMEDDINE
Traduit par Nicolas RICHARD
Editions Les Escales

 

A propos
Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refusé les carcans imposés par la société libanaise. À l’ombre des murs anciens de son appartement, elle s’apprête pour son rituel préféré. Chaque année, le 1er janvier, après avoir allumé deux bougies pour Walter Benjamin, cette femme irrévérencieuse et un brin obsessionnelle commence à traduire en arabe l’une des oeuvres de ses romanciers préférés : Kafka, Pessoa ou Nabokov.
À la fois refuge et « plaisir aveugle », la littérature est l’air qu’elle respire, celui qui la fait vibrer comme cet opus de Chopin qu’elle ne cesse d’écouter. C’est eentourée de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes de ses traductions qu’Aaliya se sent vivante.
Cheminant dans les rues, Aaliya se souvient ; de l’odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures à la lueur de la bougie tandis que la guerre faisait rage, de la ville en feu, de l’imprévisibilité de Beyrouth.

 

Mon avis
Aaliya a un rituel, chaque premier de l’an. Je n’en ai pas mais j’ai eu envie de parler de ce roman et surtout de ce fabuleux portrait féminin, en ce tout début d’année.
Aaliya est une héroïne que nous aimerions voir prendre vie et croiser sur notre chemin.
Loin des diktats, elle s’est construite, pas à pas. Et a construit entre elle et nous un pont de livres et de courage.
Elle nous interpelle, nous fait sourire, nous touche par sa force et sa liberté de ton.
Ou quand une amoureuse des mots et des livres cache entre les pages sa propre solitude…
Aussitôt refermé, n’a-t-on pas envie de se ruer sur un nouveau roman ? Oh que si !
N’a-t-on pas envie de découvrir tous les pans de la littérature encore méconnus ? Oh que si, si et si !
Aaliya rend l’addiction plus addictive encore et laisse danser dans nos cheveux le vent beyrouthin entâché par les guerres.
Ce roman a reçu le prix Femina du roman étranger et c’est grandement mérité !

 

Le tout petit extrait :
« Beyrouth est l’Elisabeth Taylor des villes : démente, magnifique, vulgaire, croulante, vieillissante et toujours en plein drame. Elle épousera n’importe quel prétendant enamouré lui promettant une vie plus confortable, aussi mal choisi soit-il. »

Neverland

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Neverland
de Timothée de Fombelle
Editions L’Iconoclaste

 

A propos
Neverland est l’histoire d’un voyage au pays perdu de l’enfance, celui que nous portons tous en nous. À la fois livre d’aventure et livre-mémoire, il ressuscite nos souvenirs enfouis.
Après son immense succès en littérature jeunesse (Tobie Lolness, Vango, Le livre de Perle), Timothée de Fombelle signe son premier livre pour adultes.

 

Mon avis
On ne présente plus cet auteur, très connu dans le milieu de la littérature jeunesse.
Autant vous dire que j’attendais ce roman-là avec impatience et, je dois l’avouer, une pointe d’appréhension.
Serais-je déçue ? Décontenancée ?
Oui décontenancée, j’ai pu l’être de prime abord.
Mais déçue, jamais. Pas un seul instant.
Il faut accepter de se laisser embarquer. C’est bien plus qu’un voyage qu’il nous offre ici.
C’est un univers qui se construit. Un onirisme à portée de main.
Et l’auteur nous laisse contempler cette enfance qui lui a échappé, avec pudeur et une émotion vibrante.
On pense ensuite à la nôtre. A ce passage parfois brutal à l’âge adulte contre lequel on ne peut lutter.
Et à cet enfant que nous gardons parfois si profondément caché en nous, sans savoir comment lui tendre la main et l’écouter.
Un très très beau roman que je ne peux que vous inviter à découvrir au plus vite !

 

Le tout petit extrait :
« Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. »