La poudre et la cendre

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La poudre et la cendre
De Taylor Brown
Traduit de l’anglais par Mathilde Bach
Editions Autrement

 
A propos
Callum, jeune orphelin de quinze ans, est un cavalier hors pair. Ava, dix-sept ans, est enceinte. Pris dans la violence de la guerre de Sécession, les voici poursuivis par des chasseurs de prime. Commence une course éperdue sur des terres de désolation, à la recherche d’une vie meilleure. Bivouaquant dans le froid, se nourrissant de bêtes abattues, ils sont l’unique horizon l’un de l’autre.

 

Mon avis
Entendez-vous les sabots heurter la terre et les coeurs battre à tout rompre ?
Sentez-vous l’odeur de la sueur, des grands espaces et de la peur ?
Moi, j’ai cru entendre et sentir cela tout au long de la lecture de ce roman.
L’auteur nous entraîne à la suite de Callum et Ava, deux gamins à une époque où la sortie de l’enfance n’avait guère d’importance.
La vie a déjà fait d’eux des adultes.
La vie les oblige à fuir. Ils chevauchent jusqu’à épuisement, ils se cachent, ils ont faim et froid, poursuivis par de sanguinaires chasseurs de prime.
Lui est blessé, elle est enceinte suite à un viol. Ils n’ont plus que l’un et l’autre. Et leur cheval Reiver pour fidèle compagnon.
Sur leur chemin désespéré, ils rencontrent la mort et la guerre.
Mais aussi le courage et l’amour qui se noue, envers et contre tous, envers et contre tout.
Une belle et forte lecture grace aux éditions Autrement !

 

Le tout petit extrait :
« Callum ne les connaissait pas, pas eux en particulier, mais ce genre d’hommes, il le connaissait. Des hommes blancs, désespérés, les joues creusées, sans autre moyen de survie que le mal. Il était en terrain connu. Tout comme ces contrées et leurs dangers ne lui étaient pas étrangers, ni le fait qu’il ne servait à rien d’y appeler au secours. »

Montana 1948

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Montana 1948
de Larry Watson
Gallmeister
Traduit par Bertrand Péguillan

 

A propos
« De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu chasser ni même estomper. » Ainsi s’ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l’encontre de l’oncle du garçon, charismatique héros de guerre et médecin respecté. Le père de David, shérif d’une petite ville du Montana, doit alors affronter son frère aîné. Impuissant, David assistera au déchirement des deux frères et découvrira la difficulté d’avoir à choisir entre la loyauté à sa famille et la justice.

 

Mon avis
Les éditions Gallmeister regorgent de pépites, c’est un fait ! « Montana 1948 » ne fait pas exception à la règle, il est aussi fascinant que grandiose !
David se souvient de l’été de ses 12 ans. De cet été qui a radicalement changé le cours de sa vie, celle de ses parents et de toute une famille qui éclate en mille morceaux.
David, du haut de ses 12 ans, observe, écoute, comprend et démêle peu à peu. Il fait preuve d’une honnêteté et d’un courage qui le font passer sans cesse du garçon qui grandit trop vite, brutalement, au petit garçon qu’il est encore.
Derrière le secret de famille, il y en a d’autres, tapis.
Et les personnalités s’affirment. Il y a ceux qui protègeront coûte-que-coûte l’oncle, malgré ses crimes.
Et il y a ceux qui, malgré les liens du sang et du coeur, savent que la justice doit primer, quelles qu’en soient les conséquences, quels qu’en soient les litres de larmes et de rage qui doivent couler.
C’est un passé dont les souvenirs ne seront plus jamais les mêmes et une innocence qui s’éteint, une arme au bout du bras.
Un roman âpre, intense qui se dévore et qui marque.

 

Le tout petit extrait :

« Si j’avais été alors un tant soit peu réceptif, j’aurais compris que la façon dont ma mère s’exprimait à propos du vent, de la terre, des montagnes, de l’enfance traduisait son désir de quelques instants de pureté, d’échapper un temps au drame sordide qui se nouait dans sa propre maison. Mais j’étais pour ma part en quête de ce qui me ferait définitivement sortir de l’enfance. »

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La vie automatique

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La Vie automatique
de Christian Oster
Editions de l’Olivier

 

A propos
Au départ, il y a l’incendie. Jean a oublié d’éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C’est dans cette atmosphère de désenchantement qu’il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s’installer chez elle. Puis son fils, Charles, un homme intrigant qui sort de l’hôpital psychiatrique. Jean s’attache à ses pas, perd sa trace, s’interroge sur son absence, qui le renvoie à celle qu’il éprouve face au monde.

 

Mon avis
Quel étrange roman et quel étrange personnage !
Que feriez-vous, vous, si votre maison se mettait à brûler ?
Pour sûr vous appeleriez les pompiers, non ? Et paniqueriez un peu, sans doute.
Pas Jean. Jean, lui, il se barre.
Il s’en déleste comme d’autres se délestent d’une chemise devenue trop petite.
Au passage, il se déleste aussi de sa vie. De lui.
Jean est désabusé. Il avance sans trop savoir où il va, ni ce qu’il adviendra de lui.
Et en fait, il s’en fiche un peu.
De rencontres déterminantes en situations tragico-loufoques, le romancier nous fait le suivre. On peut se demander si, même lui, sait où il va. Mais oui, il le sait pertinemment.
On le laisse faire, on colle aux basques de Jean, jusqu’au bout.
Et on espère que, peut-être, il transformera ce rien en tout.

Une lecture surprenante et très agréable !

 

Le tout petit extrait :
« Je me suis octroyé une semaine à l’hôtel. Au delà, financièrement, je prenais des risques. Je ne dis pas que je n’aurais pas pu vendre la maison. j’aurais pu. Je ne dis pas que je n’avais pas tout détruit, en me laissant très peu de chances. J’avais tout détruit, en me laissant très peu de chances. Je ne dis pas non plus que je n’avais pas voulu me faire du mal. Et me détruire moi. Mais je m’étais aussi fait beaucoup de bien. »

Aller en paix

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Aller en paix
de Ludovic Robin
Editions du Rouergue

 

A propos
À la fin des années 1980, un jeune couple et leurs deux enfants s’installent dans un hameau isolé des Alpes, les Plastres. Lui travaille comme élagueur, elle, est une jeune femme brillante mais fragile. Il l’aime d’un amour infini, qui ne les protégera de rien.
Vingt ans plus tard, il se souvient de ces deux derniers hivers, lumineux et noirs.

 

Mon avis
Ludovic Robin signe ici son premier roman.
Dés les premières pages, il faut s’accoutumer au rythme volontairement lent, à l’écriture tantôt décousue, tantôt extrèmement précise.
En fait, il faut accepter de se laisser guider par l’auteur.
Accepter, aussi, de pénétrer l’intimité de ce couple.
Niché au coeur de la montagne, de sa rudesse et son isolement, le couple évolue dans une certaine routine.
Les enfants sont là, les rêves un peu plus loin. La dépression ronge Lily.
Peu à peu, on assiste, impuissants, à l’éloignement puis à l’émiettement du couple.
Lily part et, 20 ans après, son ancien mari l’aime toujours autant, de cet amour prévenant qui n’aura pas suffi.
Même si le roman n’est pas dénué de quelques longueurs, on pardonne à l’auteur ces menus défauts, ces quelques imperfections.
Car avec ce premier livre, il nous offre une lecture originale et intéressante.
Je suis impatiente et curieuse de voir ce qu’il nous réserve pour la suite…

 

Le tout petit extrait :
« Le lendemain, elle avait repris de bonne heure la route de Bourg, devenue en si peu de temps la route du travail et rien d’autre, la route de la servitude courageuse malgré l’autre servitude d’une nuit à se tourner et à se retourner dans le lit. »

Celui qui va vers elle ne revient pas

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« Celui qui va vers elle ne revient pas »
de Shulem Deen
Traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre
Editions Globe

 

A propos
Marié dès l’âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques – les satmar, les belz, les loubavitch –, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l’écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s’est mis à douter. Dans ce récit passionnant, il raconte le long et douloureux processus d’émancipation qui a poussé sa communauté ultra-orthodoxe à l’exclure pour hérésie.

 

Mon avis
Voilà une lecture dense qui mérite que l’on prenne le temps de s’y attarder car, au delà d’une analyse des plus fines d’une communauté et de la société, c’est un récit de vie passionnant et émouvant.
Ou comment se poser des questions peut conduire à l’exclusion et, au final, à une liberté tenue à l’écart, jamais effleurée ni goûtée.
Cela ne se fera pas sans remises en question (justement).
Cela ne se fera pas sans douleurs (au pluriel).
L’auteur quitte ce qu’il a toujours connu, vu et subi.
L’auteur n’est plus un des leurs, il est chassé.
Quel homme devenir après cela ?
Comment retrouver les fondations de soi lorsque toutes ses certitudes, jusqu’aux plus fortes et intimes, s’effondrent ?
Comment poursuivre un chemin, quel qu’il soit, privé de ses enfants, et les savoir là-bas ?
Shulem Deen a payé le prix fort de sa liberté et de son courage.
Il en tire un livre sincère qui ne laissera personne indifférent.
Il a d’ailleurs reçu pour cet ouvrage le National Jewish book Award.

 

Le tout petit extrait :
« Je n’étais pas le premier à être banni de notre communauté. Je n’avais pas rencontré mes prédécesseurs, mais j’en avais entendu parler à voix basse, comme on chuchote une rumeur honteuse. Leurs noms et le récit de leurs agissements émaillaient l’histoire de notre village, fondé un demi-siècle plus tôt. »

Croire au merveilleux

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« Croire au merveilleux »
de Christophe Ono-dit-Biot
Gallimard

 

A propos
« Je veux bien avoir été distrait ces temps-ci, mais je sais que si j’avais croisé cette fille-là dans l’ascenseur ou le hall d’entrée, je m’en serais souvenu. Et puisque je me souviens d’elle, c’est que je l’ai vue ailleurs. » César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu’il ne l’a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu’il n’arrivera pas à rendre heureux l’enfant qu’ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d’auteurs antiques ? D’un Paris meurtri aux rivages solaires de l’Italie en passant par quelques îles proches et lointaines, Croire au merveilleux, en dialogue intime avec Plonger, est l’histoire d’un homme sauvé par son enfance et le pouvoir des mythes. Un homme qui va comprendre qu’il est peut-être temps, enfin, de devenir un père. et de transmettre ce qu’il a de plus cher.

 

Mon avis
César est veuf. Père et veuf.
Son quotidien, c’est la douleur. Et ce trou béant, à vif, que sa bien-aimée Paz a laissé dans sa vie.
Cette douleur-là prend toute la place, s’immisce partout.
César se noie et pense à la mort.
Il tente de s’en convaincre, son absence sera mieux pour son fils que cette vie bancale.
Mais une rencontre va bouleverser ses plans. Bouleverser son chagrin.
Et, à notre tour, on se (re)met à croire au merveilleux. Au possible.
César revient à la vie, entre souvenirs, mythologie et pas en avant.
Il retrouve sa place ou s’en créée une nouvelle. Son enfant aussi retrouve la sienne.
Résumer ce roman à une histoire d’amour serait une erreur.
C’est un roman sur le deuil, sur le dépassement de ce que l’on se croit incapable de dépasser. Sur la vie et ses gouffres comme ses célébrations.

La porte du ciel

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LA PORTE DU CIEL
de Dominique FORTIER
Les Escales

 

A propos
Au coeur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées.
Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture.

 

Mon avis
Il y avait là tous les ingrédients pour me séduire. Et de belles promesses.
Malheureusement pour moi, la recette ne m’a pas convaincue.
Le roman est agréable à lire mais ses points faibles ne peuvent être oubliés.
L’autrice passe d’une période à une autre, d’un personnage à un autre, dans une succession de chapitres décousus.
Elle a fini par me perdre, quelque part au milieu du roman.
Ce n’est pourtant pas faute de m’être accrochée !
Peut-être aurait-elle du se concentrer sur un seul pan de l’histoire noir-américaine et creuser l’intrigue ?
On a l’impression qu’elle s’éparpille et ne fait parfois qu’effleurer ce qui aurait mérité bien davantage.
Comme ces femmes tissant les courtepointes, Dominique Fortier a usé de mille fils pour, à l’inverse d’elles, former un tableau alourdi où l’émotion a du mal à s’installer, et ce malgré une jolie plume.

 

Le tout petit extrait :
« Son visage ruisselait de larmes, trempait les joues de l’enfant qui attendait, muet, stoïque. Celui-là avait tôt appris qu’il valait mieux ne rien demander jamais car nul ne pourrait savoir ce que lui vaudrait sa requête : une ration supplémentaire, un poing au ventre ou dix coups de fouet.
June serrait les dents, regardait au loin la ligne ou terre et ciel se rencontraient, s’efforçait de ne penser à rien le temps que ce soit fini. »