Une toile large comme le monde

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Aude Seigne
Zoé Editions

 

A propos
Sous nos trottoirs et nos océans, des millions de mails transitent chaque seconde à travers des câbles qui irriguent le monde. Surfant sur ce flux continu, Pénélope, June, Birgit et Lu Pan mènent leur existence de « millénials » aux quatre coins de la planète. Fascination ou familiarité, dépendance ou dégoût, leur rapport au web oscille, dans leur travail comme dans leur vie amoureuse. En découvrant l’univers de boîtes et de fils qui les relient bien plus concrètement qu’ils n’imaginent, ils élaborent un plan vertigineux pour atteindre leur but commun : mener une existence hors de la Toile.

 

Mon avis
La toile, ce world wide web, on en use, on en abuse. Elle n’a jamais autant fait partie de notre quotidien.
Récemment, un ami me disait que le net lui fait penser à un membre de la famille indésirable avec qui, pourtant, on ne peut s’empêcher d’être sympa et qu’on héberge depuis des années.
Dans ce roman aux allures de documentaire, une petite troupe de personnages singuliers se demande : Et si on arrêtait tout ? Et si on arrêtait internet ?
Car au delà de la toile humaine qui s’y retrouve, c’est avant tout une toile de câbles, de centres, de secrets bien gardés. Une toile qui bouffe silencieusement la planète et, peut-être même, un pan du coeur des hommes.
Ce roman nous pousse à la réflexion, vulgarise et explique.
Et en s’interrogeant, n’a-t-on pas la sensation qu’il est déjà trop tard ?
Un récit glaçant tant il est ancré dans le réel.
S’il est parfois un poil trop documentaire, ce livre n’en demeure pas moins intéressant et instructif.

 

Le tout petit extrait :
« Il est allongé au fond de l’océan. Il est immobile, longiligne et tubulaire, gris ou peut-être noir, dans l’obscurité on ne sait pas très bien. Il ressemble à ce qui se trouve dans nos salons, derrière nos plinthes, entre le mur et la lampe, entre la prise de courant et celle de l’ordinateur : un vulgaire câble. »

La route au tabac

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Erskine Caldwell
Traduit par Maurice-Edgar Coindreau
Belfond Vintage

 

A propos
Erskine Caldwell est né en 1903, près d’Atlanta en Géorgie. Comme nombre d’écrivains américains, c’est au contact de la vie réelle qu’il va puiser son inspiration. En 1926, il quitte le journal d’Atlanta pour lequel il travaille et se retire dans une ferme abandonnée où il connaît le froid et la faim. C’est là, pourtant, qu’il va commencer à écrire. En 1929 et 1930 sont publiés deux textes violents : Le Bâtard et Un pauvre type.

Le succès viendra en 1932, avec La Route au tabac, récit composé d’épisodes burlesques, tous construits autour du fermier Jeeter Lester et de sa famille. Ada, sa femme, malade, la grand-mère dont personne ne s’occupe, Ella May, la fille nymphomane au bec de lièvre, le fils Dude et la petite soeur âgée de douze ans, déjà mariée au voisin. Le seul fil conducteur du livre est la faim et tous les stratagèmes imaginés par la famille pour tenter de la combler.

 

Mon avis
Je n’ai découvert qu’assez récemment cette collection « Vintage » chez Belfond, collection qui existe pourtant depuis 5 ans !
Et que de pépites à y découvrir !
J’y pioche toujours avec impatience et curiosité.
Certains diront que ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains.
En effet, il y a beaucoup de sordide, de cruauté et cette misère avec un grand M où chaque jour l’homme peut mourir de faim à tout moment.
C’est l’amérique rurale, très très rurale, de la fin des années 20, au tout début de la Dépression.
Les Lester sont en aussi piteux état que leur ferme.
Leur vie n’est plus qu’un champ de ruines et de lambeaux et ils sont prêts à tout pour avoir une chance de se réveiller un matin de plus.
D’une écriture féroce et sans concession, Caldwell le méconnu nous plonge, tête la première, dans le pire et arrive même à nous faire rire, par moments.
Alors si vous avez envie d’être dérangé, bousculé, si vous n’avez pas peur d’être choqué, lisez-le !

Un roman unique !

 

Le tout petit extrait :
« Dans la cour et sous la véranda, les Lester attendaient pour voir ce que Lov allait faire. Aujourd’hui encore ils n’avaient pas mangé grand-chose. Quand ils s’étaient assis à table, ils n’avaient trouvé que du pain de maïs et de la soupe salée qu’Ada avait faite en faisant bouillir quelques morceaux de couenne dans une casserole d’eau. Il n’y en avait même pas eu assez pour tout le monde, et on avait mis la vieille grand-mère à la porte quand elle avait essayé d’entrer dans la cuisine. »

Un funambule sur le sable

Funambule sur le sable
De Gilles Marchand
Aux forges de Vulcain

 

A propos
Stradi naît avec un violon dans le crâne. D’abord condamné à rester à la maison, il peut finalement aller à l’école et découvrir que les plus grandes peines de son handicap sont l’effet de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants. Mais, à ces souffrances, il oppose chaque jour son optimisme invincible, hérité de son père inventeur et de sa mère professeur. Et son violon, peu à peu, va se révéler être un atout qui, s’il l’empêche de se concentrer sur ses devoirs, lui permet toutes sortes d’autres choses : rêver, espérer… voire parler aux oiseaux.
Un jour, il rencontre l’amour en Lélie. Ils vont s’aimer, se quitter, se retrouver, et faire couple. Jusqu’au moment où cette fantaisie permanente de Stradi va se heurter aux nécessités de la vie adulte : avoir un travail, se tenir bien en société, fonder une famille. Comment grandir sans se nier ? Comment s’adapter sans renoncer à soi ?

 

Mon avis
Son premier roman « Une bouche sans personne » a été un vrai coup de coeur pour moi. Comme pour beaucoup d’autres d’ailleurs !
Je m’étais dit : Voilà un auteur qui mérite d’être lu et vivement son prochain livre !
Et « Un funambule sur le sable » est arrivé dans ma boîte aux lettres. Quelle excitation !
Dés les premières pages, j’ai su que je tenais entre mes mains un nouveau grand roman de Gilles Marchand. Quel talent !
Il manie l’absurde et la fantaisie comme personne, ni trop ni pas assez.
Comme son extrème sensibilité et une poésie hors norme.
Un petit côté à la Boris Vian… quel digne héritier !
On apprend ici la différence, comme si on la rencontrait pour la première fois. Et l’ode surgit.
Gilles Marchand nous éblouit, nous capte.
En terminant ce roman, j’ai eu comme une furieuse envie de prendre son auteur dans mes bras et de lui dire : Merci ! Merci de nous offrir de si beaux moments de lecture !

 

Le tout petit extrait :
« A vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions. Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. »

Le livre que je ne voulais pas écrire

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Erwan Larher
Quidam Editeur

 

A propos
Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

 

Mon avis
Il aurait pu être le livre que je ne pouvais pas lire.
Et finalement, contrairement à d’autres, j’ai eu envie de sauter le pas avec celui-ci.
J’ai retenu ma respiration et je me suis lancée.
Une lecture en apnée donc pour un livre coup de poing où le romancier a su s’emparer de l’horreur tout en le préservant d’un quelconque sensationnalisme.
Evidemment, on ne sort pas indemne de cette lecture. Parce que cette tragédie a frappé un pays tout entier et s’est incrusté dans la mémoire collective.
Je réalise en alignant ces quelques mots combien il m’est difficile pour moi de parler de cette lecture.
Ce n’est pas par facilité mais bien par conviction et avec émotion que je dirais de ce livre qu’il est bouleversant, intelligent, pudique et terriblement humain.
Et qu’il devrait figurer dans toutes les bibliothèques.
Merci Mr Larher, merci du fond du coeur !

 

Le tout petit extrait :
 » Je n’ai pensé à personne.
Puisé de courage dans aucun amour, aucune amitié. Pas puisé de courage. Pas eu besoin.
Je ne me suis pas dit qu’il fallait que je tienne bon pour telle ou telle raison. Je ne me suis pas dit qu’il fallait que je tienne bon. Ni que je m’en sorte. Je ne me suis pas accroché à la vie.
J’ai subi.
Je n’ai pas prié, je ne me suis pas promis de devenir meilleur si je m’en sortais, je n’ai pas sangloté, je ne me suis pas apitoyé sur mon sort ni lamenté.
J’ai attendu. »

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Tout est brisé

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William Boyle
Traduit par Simon Baril
Gallmeister

 

A propos
Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l’hôpital, elle n’a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu’après un long silence, Jimmy revient à l’improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l’aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l’aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l’alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras…

 

Mon avis
Il n’y a rien de plus touchant et mémorable que l’histoire de gens ordinaires.
William Boyle sait à la perfection nous parler d’eux et nous plonger dans cette ambiance sombre qui colle aux basques.
Parfois, on tatonne, à la recherche de l’interrupteur.
Mais où est la lumière, bordel ?!
Et puis, on s’habitue à l’obscurité, on dérive avec cette famille fracassée par la vie.
N’attendez pas de Bam et et de Boum dans ce roman !
Sauf ceux, peut-être, des coeurs qui s’accrochent.
Et des espoirs de reconstruction.
L’auteur fait montre d’une telle empathie envers ses personnages qu’il la partage, la communique.
On peut dire, tous en choeur : Chapeau Mister Boyle !

 

Le tout petit extrait :
« Elle pensa à la croix autour de son cou. Elle la portait depuis qu’elle avait douze ans. Il s’agissait d’une croix toute fine, en or, suspendue à une chaîne très légère. Elle l’extirpa de sous son chemisier et la contempla en la tenant au creux de sa paume. C’était un cadeau de sa marraine, avec qui elle avait perdu contact, ou qui l’avait complètement oubliée. Elle défit le fermoir et laissa la chaîne glisser dans sa main, la croix atterrissant par-dessus tel un vestige de naufrage. Elle songea à la jeter dans la mer, mais préféra l’enfouir dans la poche de son blouson, au milieu des mouchoirs roulés en boule et des pièces de un cent collantes, avant de retourner attendre son père à l’intérieur. »

Mon gamin

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Pascal Voisine
Calmann-Levy

 

A propos
Cet été 1977, un été de vinyles, de chaleur et de baignades, Thierry a 14 ans et découvre la musique, les premiers émois, les montagnes russes de l’adolescence où tout est à la fois morne et intense.
Il passe ses journées avec son meilleur ami, Francis, un handicapé mental qui vit à l’hôpital psychiatrique voisin depuis toujours. Le gentil Francis adorait la mère de Thierry, et va chaque semaine poser un petit caillou sur sa tombe. Il a vu naître Thierry, qu’il appelle « mon gamin », et lui voue une amitié joyeuse et entière.
Mais le destin s’appuie souvent sur pas grand-chose. Un infirmier tatoué fan d’Elvis, une belle-mère trop jeune et trop jolie, une guitare à deux manches, un chat bien curieux… Et tout bascule.

 

Mon avis
Voici l’un de mes coups de coeur 2017 !
Un premier roman aussi attachant que ses personnages et à l’écriture aussi maîtrisée que libre.
Et sous le drame qui se profile et finit par surgir, brutalement, il y a malgré tout la lumière.
Une amitié presque hors-norme et finalement si normalement belle qui ne peut que nous toucher et nous ébranler.
Et l’histoire, aprés nous avoir embarqués, nous percute de plein fouet.
On passe du rires aux larmes, on se lie à ces destins si plein d’humanité.
Et, au final, on referme ce roman en sachant que l’on n’est pas prêt de l’oublier.
A découvrir d’urgence, vous l’aurez compris, et une plume à suivre !

 

Le tout petit extrait :
« A l’époque, pour lui, son village était une sorte de paradis terrestre au milieu d’un océan de forêts luxuriantes. Là où les non-initiés pointaient du doigt un camp de concentration pour fous, Marc voyait une sorte de principauté où les malades mentaux étaient exonérés d’impôts sur la différence. »

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La Lumière parfaite

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Marcello Fois
Traducteur : Jean-Paul Manganaro
Seuil

 

A propos
Quand les destins de Cristian et de Domenico croisent celui de Maddalena, toutes les certitudes s’évaporent, toutes les valeurs se perdent, pour donner naissance à une passion lourde de non-dits et de jalousie, coups de théâtre, trahisons et réconciliations.
Car Cristian Chironi et Domenico Guiso ont grandi comme deux frères : ils partagent tout, la famille, l’école, le travail. Ce sont les années 80, les années de la modernisation de la Sardaigne, mais aussi du terrorisme, une période de violence politique et de spéculation immobilière, de culte de l’individualisme et du profit roi. La famille Chironi est à l’apogée de son ascension sociale, ce qui n’empêche pas le sort de continuer à s’acharner contre elle.
Si Cristian et Maddalena semblent faits l’un pour l’autre, c’est à Domenico que cette dernière, enceinte, est promise. Cristian a-t-il encore sa place à Nuoro ? Sa compromission dans une sombre histoire de trafic d’armes semble indiquer le contraire. Est-ce un piège tendu par les Guiso, père ou fils, pour des raisons économiques ou par vengeance ? On le croit mort, on le retrouve en Lettonie…Quoi qu’il en soit, le fils de Maddalena semble porter en lui la « génétique sans pareil » des Chironi.

 

Mon avis
Le décor est campé : la Sardaigne. Cela suffit déjà à m’attirer.
Deux familles, deux hommes comme deux frères.
Et une femme, annonciatrice de la grande déchirure.
L’orage n’est jamais loin, en tendant l’oreille, on peut entendre ses grondements.
De ce triangle amoureux, on sent l’influence des tragédies grecques.
D’une plume mélancolique, Fois entremêle amour, vengeance et trahison.
Le tout dans un bain bouillonant de sentiments maudits.
Bien sûr, on peut trouver certains passages un peu convenus ou longs.
Certains trouveront peut-être même l’ensemble un peu classique.
Mais tel une boîte japonaise, ce roman dissémine les révélations, les doubles lectures comme les prémonitions pour qui veut bien les trouver.

 

Le tout petit extrait :
« Maddalena, pour cet enfant, avait demandé un miracle. Elle avait demandé, en particulier, qu’il cesse d’être aussi hostile. Et, même si elle pensait bien connaître l’origine de cette hostilité, elle feignait pourtant de l’attribuer seulement au fait que les parents ne peuvent pas choisir leurs enfants, comme les enfants ne peuvent pas choisir leurs parents. »