Une vie à t’écrire

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« Une vie à t’écrire »
de Julia MONTEJO
Traduit par Catarina SALAZAR
Les Escales

 

A propos
Un soir, sur une plage du Pays basque espagnol, un écrivain en mal d’inspiration rencontre Amaia, une jeune femme mystérieuse. Elle est persuadée d’avoir déjà vécu au XVIIe siècle et d’avoir alors traversé les océans pour gagner l’Islande où les Basques partaient chasser la baleine. Au péril de sa vie, à une époque où les femmes n’avaient d’autres choix que l’obéissance et le silence, elle a su conquérir son indépendance et sa liberté. Là-bas, elle a rencontré Erik, son amour éternel, dont le souvenir ne cesse de la hanter.
Amaia est-elle folle à lier ? C’est ce que commence par croire Asier avant d’être emporté par la force de son histoire. Envoûté, le jeune homme transforme le récit de cette étrange et attirante muse en roman. Le souffle des mots l’habite enfin.

 

Mon avis
Une rencontre aussi inattendue qu’étrange.
Ou quand l’enfer de la page blanche croise la route d’une femme captivante à l’histoire improbable qui s’écrit avec un H majuscule.
Amaia a-t-elle vraiment vécu cette vie antérieure ?
Amaia est-elle aussi Amalur, femme courageuse éprise de liberté ?
Comme Asier, nous sommes irrémédiablement happés.
Les siècles s’enchaînent, l’amour et la violence se défient sans relâche.
Par delà les mers, on la suit. On la suivrait les yeux fermés.
Amaia/Amalur a la survie gravée sur la peau et un courage à toute épreuve.
Un destin incroyable réchauffé par un amour qui dépasse les siècles, sous les bourrasques glaciales de l’Islande !
A découvrir, en se laissant emporter et enivrer !

 

Le tout petit extrait :
« C’est cela, une vie, se demande Martin, c’est ce calme, cette simplicité, cette évidence ? Au milieu de cette douceur, il perçoit cependant une vague anxiété. Elle ressemble à la sensation venue naguère avec la certitude que la routine des jours connait une fin. Il comprend qu’elle en est une nuance. La certitude de la fin, pareillement, mais cette fois, redoutée. »

Le vertige des falaises

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Le vertige des falaises
de Gilles Paris
Plon

A propos
Sur une île sauvage et désertée, Marnie, adolescente effrontée et fragile, vit au-dessus des falaises au coeur d’une imposante maison de verre et d’acier avec sa mère Rose et sa grand-mère Olivia, qui règne sur la famille et sur l’île tout entière.
Des plaines aux herbes hautes, des sentiers au bord de mer, la nature se révèle aussi cruelle que les mystères trop longtemps ensevelis.
Et si une seule personne détenait tous les secrets de cette famille et s’en libérait enfin ?

Mon avis
Comment ne pas avoir envie de se jeter sur le nouveau roman de Gilles paris, après avoir lu son sublime « Autobiographie d’une Courgette » ?
Il y a dans ce roman tant d’amour et de destruction qu’on en ressort à la fois le coeur gonflé et vidé.
On sent tellement d’émotions traverser les lignes de nos veines et on éprouve une si douce affection pour Marnie et les femmes de sa vie.
On sent aussi le vent marin fouetter notre visage et emmêler nos cheveux. Comme si, nous aussi, on se tenait tout au bord des falaises.
Les hommes ne semblent avoir été là que pour faire souffrir et leur disparition laisse le chagrin côtoyer le soulagement.
Et au milieu se trouve Marnie, une adolescente rebelle, en colère et si pleine d’amour.
Et, tout autour, des secrets de famille qui s’entrechoquent.
Un magnifique roman chroral, sombre et lumineux à la fois, qui m’a fortement émue.
Un immense, un GIGANTESQUE coup de coeur !

 
Le tout petit extrait :
« Je ne vois plus le trou béant dans lequel deux costauds de l’île font descendre le cercueil d’où papa ne s’enfuira plus. Il n’aurait pas aimé être mort de son vivant. J’entends leurs efforts, ce lit en bois qui cogne, sa nouvelle demeure sur laquelle nous allons lâcher une poignée de terre. Tout comme il y a un an, après la mort de grand-père Aristide. Ils sont enterrés l’un prés de l’autre. Tels deux amis qu’ils n’étaient pas. C’est comme ça dans la famille. On ne pense jamais à haute voix, sauf au bord des falaises, là où le vent emporte tout. »

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Rapatriés

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« Rapatriés »
de Néhémy Pierre-Dahomey
Seuil

 

A propos
Belliqueuse Louissaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Le voyage échoue. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’état aux clandestins infortunés. L’endroit est baptisé Rapatriés. Les conditions de vie dans ce lotissement de boat people contraignent Belli à un choix déchirant : elle fait adopter ses deux filles, Bélial et Luciole.

Bélial vivra en France sous la tutelle de Pauline, une employée d’ONG qui voit en l’enfant une nouvelle raison de vivre. Quant à Luciole, elle disparaît dans les vastes confins de l’Amérique du Nord. Plus tard, l’une des deux jeunes filles reviendra en Haïti, mais quand se présentera le moment des retrouvailles, un ultime exil aura marqué leur mère.

 
Mon avis
J’affectionne les premiers romans, j’avance à tâtons, me demandant ce que je vais ressentir en m’y plongeant.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que celui-ci est une réussite.
Une réussite envoûtante, à la force indescriptible avec pour personnage central Belliqueuse.
Après une traversée ratée, les Etats-Unis s’éloignent. Retour en Haïti dans le quartier de « Rapatriés ». A l’infinie déception s’ajoute la perte d’un enfant.
Belliqueuse ne connaît que combats et violences. Elle se détériore, comme les fondations d’une maison qui lentement s’écaillent et tombent en poussière.
Belliqueuse fera adopter ses deux dernières filles.
Des départs, des retours, des larmes et tremblements sur cette Terre où pousse la fatalité.
Une fatalité contre laquelle chacune va apprendre à se battre.
Mais Belliqueuse l’échouée, la mère amputée, ferme les fenêtres de son être, de son âme. Et sombre.
Un roman à la langue captivante, révoltée, troublante qui nous conte ici une île et ses habitants plongés dans la misère et l’indifférence.

 

Le tout petit extrait :
« Belli marchait, vaillante et décidée, sur ce sentier aussi simple qu’un calvaire. Le soir arrivait. Il portait avec lui une lune bien ronde et un air en mouvement qui jetait des bourrasques sur les quartiers amoncelés. On distinguait la route étroite en terre battue traversant comme une lame deux rangées de toits délabrés, des tôles rouillées, du bois pourri, des clous béants et, de temps en temps, comme seule en générait la vie périurbaine sous les tropiques, une mare boueuse concoctant de nouvelles sortes de bactéries. »

Maison de rêve

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« Maison de rêve »
de Craig Higginson
Mercure de France

 

A propos
Âgée et malade, Patricia compte ses derniers cartons. Sa maison de rêve, la plus belle de cette jolie vallée sud-africaine avec sa roseraie, sa laiterie modèle, son chenil, ses écuries vient d’être vendue. Richard, son mari, perdu dans les brumes de la maladie d’Alzheimer, erre dans le jardin en marmonnant des phrases dépourvues de sens. Mais peut-être en ont-elles…
Les noms, les images, les bribes de souvenirs se mêlent pour faire revivre un passé qu’ils ont voulu oublier. La mort de Grace, la jolie fille qui travaillait à la laiterie, ce n’était pas un accident. Et quand ce dernier soir, justement, revient Looksmart, le jeune Zoulou que Patricia a élevé un peu comme son fils et qui a tant aimé Grace autrefois, les vérités les plus douloureuses risquent d’être mises au jour.

 

Mon avis
Quelque part, en Afrique du Sud.
Patricia s’apprête à quitter la maison où elle a passé toute sa vie.
Une maison qui n’est plus que l’ombre d’elle même. A moins que cela ne soit le cas de ses habitants.
Une maison, surtout, qui n’a rien d’une maison de rêve comme le titre du roman pourrait le laisser croire.
Elle se détériore, vieillit mal.
Comme Patricia qui n’y a pas vécu la vie qu’elle aurait souhaitée, coincé auprés d’un mari infidèle aux lourds secrets.
L’amertume se tapit dans chaque coin, les cartons se remplissent de souvenirs déçus.
Et, un soir, surgit Looksmart.
Patricia pense l’avoir aimé comme un fils.
Looksmart n’entretient à son égard que rancoeur et colère.
Parce qu’il est noir. Parce que dans leur passé commun, la mort de Grace est un point sombre et indélébile.
Une joute verbale s’engage entre les deux êtres. Entre ce qui a été tu et ce qui n’a pas été su.
Les vérités éclatent car elles sont nombreuses à chercher le passage vers la lumière.
Et lorsque la porte de la maison se referme, nul ne sait vraiment ce qu’il adviendra des personnages après ces révélations et celles qu’on préfère encore cacher.
Un roman choral tendu, prenant, à l’ambiance oppressante.
Une excellente lecture !

 

Le tout petit extrait :
« Il sent les années se dilater en lui, entre le jeune homme qu’il était et l’homme qu’il est à présent, et il les voit se dilater autour de lui. Les journées de Patricia, seule dans cette pièce, cette lampe qu’on allume et qu’on éteint, le feu qu’on allume et qui meurt, le jour qui apparaît à la fenêtre et puis s’estompe à nouveau – des milliers de jours vécus sans lui, et il ressent une certaine émotion, provoquée par un sentiment proche de la culpabilité. »

La poudre et la cendre

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La poudre et la cendre
De Taylor Brown
Traduit de l’anglais par Mathilde Bach
Editions Autrement

 
A propos
Callum, jeune orphelin de quinze ans, est un cavalier hors pair. Ava, dix-sept ans, est enceinte. Pris dans la violence de la guerre de Sécession, les voici poursuivis par des chasseurs de prime. Commence une course éperdue sur des terres de désolation, à la recherche d’une vie meilleure. Bivouaquant dans le froid, se nourrissant de bêtes abattues, ils sont l’unique horizon l’un de l’autre.

 

Mon avis
Entendez-vous les sabots heurter la terre et les coeurs battre à tout rompre ?
Sentez-vous l’odeur de la sueur, des grands espaces et de la peur ?
Moi, j’ai cru entendre et sentir cela tout au long de la lecture de ce roman.
L’auteur nous entraîne à la suite de Callum et Ava, deux gamins à une époque où la sortie de l’enfance n’avait guère d’importance.
La vie a déjà fait d’eux des adultes.
La vie les oblige à fuir. Ils chevauchent jusqu’à épuisement, ils se cachent, ils ont faim et froid, poursuivis par de sanguinaires chasseurs de prime.
Lui est blessé, elle est enceinte suite à un viol. Ils n’ont plus que l’un et l’autre. Et leur cheval Reiver pour fidèle compagnon.
Sur leur chemin désespéré, ils rencontrent la mort et la guerre.
Mais aussi le courage et l’amour qui se noue, envers et contre tous, envers et contre tout.
Une belle et forte lecture grace aux éditions Autrement !

 

Le tout petit extrait :
« Callum ne les connaissait pas, pas eux en particulier, mais ce genre d’hommes, il le connaissait. Des hommes blancs, désespérés, les joues creusées, sans autre moyen de survie que le mal. Il était en terrain connu. Tout comme ces contrées et leurs dangers ne lui étaient pas étrangers, ni le fait qu’il ne servait à rien d’y appeler au secours. »

Montana 1948

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Montana 1948
de Larry Watson
Gallmeister
Traduit par Bertrand Péguillan

 

A propos
« De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu chasser ni même estomper. » Ainsi s’ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l’encontre de l’oncle du garçon, charismatique héros de guerre et médecin respecté. Le père de David, shérif d’une petite ville du Montana, doit alors affronter son frère aîné. Impuissant, David assistera au déchirement des deux frères et découvrira la difficulté d’avoir à choisir entre la loyauté à sa famille et la justice.

 

Mon avis
Les éditions Gallmeister regorgent de pépites, c’est un fait ! « Montana 1948 » ne fait pas exception à la règle, il est aussi fascinant que grandiose !
David se souvient de l’été de ses 12 ans. De cet été qui a radicalement changé le cours de sa vie, celle de ses parents et de toute une famille qui éclate en mille morceaux.
David, du haut de ses 12 ans, observe, écoute, comprend et démêle peu à peu. Il fait preuve d’une honnêteté et d’un courage qui le font passer sans cesse du garçon qui grandit trop vite, brutalement, au petit garçon qu’il est encore.
Derrière le secret de famille, il y en a d’autres, tapis.
Et les personnalités s’affirment. Il y a ceux qui protègeront coûte-que-coûte l’oncle, malgré ses crimes.
Et il y a ceux qui, malgré les liens du sang et du coeur, savent que la justice doit primer, quelles qu’en soient les conséquences, quels qu’en soient les litres de larmes et de rage qui doivent couler.
C’est un passé dont les souvenirs ne seront plus jamais les mêmes et une innocence qui s’éteint, une arme au bout du bras.
Un roman âpre, intense qui se dévore et qui marque.

 

Le tout petit extrait :

« Si j’avais été alors un tant soit peu réceptif, j’aurais compris que la façon dont ma mère s’exprimait à propos du vent, de la terre, des montagnes, de l’enfance traduisait son désir de quelques instants de pureté, d’échapper un temps au drame sordide qui se nouait dans sa propre maison. Mais j’étais pour ma part en quête de ce qui me ferait définitivement sortir de l’enfance. »

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La vie automatique

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La Vie automatique
de Christian Oster
Editions de l’Olivier

 

A propos
Au départ, il y a l’incendie. Jean a oublié d’éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C’est dans cette atmosphère de désenchantement qu’il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s’installer chez elle. Puis son fils, Charles, un homme intrigant qui sort de l’hôpital psychiatrique. Jean s’attache à ses pas, perd sa trace, s’interroge sur son absence, qui le renvoie à celle qu’il éprouve face au monde.

 

Mon avis
Quel étrange roman et quel étrange personnage !
Que feriez-vous, vous, si votre maison se mettait à brûler ?
Pour sûr vous appeleriez les pompiers, non ? Et paniqueriez un peu, sans doute.
Pas Jean. Jean, lui, il se barre.
Il s’en déleste comme d’autres se délestent d’une chemise devenue trop petite.
Au passage, il se déleste aussi de sa vie. De lui.
Jean est désabusé. Il avance sans trop savoir où il va, ni ce qu’il adviendra de lui.
Et en fait, il s’en fiche un peu.
De rencontres déterminantes en situations tragico-loufoques, le romancier nous fait le suivre. On peut se demander si, même lui, sait où il va. Mais oui, il le sait pertinemment.
On le laisse faire, on colle aux basques de Jean, jusqu’au bout.
Et on espère que, peut-être, il transformera ce rien en tout.

Une lecture surprenante et très agréable !

 

Le tout petit extrait :
« Je me suis octroyé une semaine à l’hôtel. Au delà, financièrement, je prenais des risques. Je ne dis pas que je n’aurais pas pu vendre la maison. j’aurais pu. Je ne dis pas que je n’avais pas tout détruit, en me laissant très peu de chances. J’avais tout détruit, en me laissant très peu de chances. Je ne dis pas non plus que je n’avais pas voulu me faire du mal. Et me détruire moi. Mais je m’étais aussi fait beaucoup de bien. »